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Jargon pédagogiste

C’est un « chantier » auquel s’est attaqué Xavier Darcos dès son arrivée : la réforme des programmes de l’école primaire, qu’il voulait « recentrer » sur les disciplines fondamentales (le français et les maths) et simplifier pour qu’ils soient compréhensibles par tous, bon nombre de parents n’entendant plus rien à ce qu’apprennent leurs enfants. C’est chose faite dans les instructions officielles : les programmes sont clarifiés. Reste que l’édition scolaire n’a pas encore suivi ce mouvement et que la lecture des manuels en circulation laisse pantois. Un exemple ? Le fils d’un de mes amis vient d’entrer en Cours Préparatoire cette année. Son école a choisi une méthode, Super Gafi CP, accompagnée d’un cahier d’exercices. Je ne résiste pas à vous citer un extrait de l’avant-propos de ce cahier : « Les premiers exercices des pages de gauche entraînent à l’automatisation de la prise d’indices auditifs et visuels élémentaires : discrimination de sons et de lettres, reconnaissance de combinaisons de base, maîtrise de la combinatoire, développement de la lecture par voies indirecte et directe… Ces activités vont du simple au complexe puisqu’elles partent du rapport lettre/son pour aller au mot et à la phrase. Elles permettent aux élèves d’atteindre une maîtrise du son telle qu’ils peuvent s’en libérer pour privilégier le sens ». Si quelqu’un y a compris quelque chose, qu’il soit assez gentil pour m’expliquer le sens de ce jargon…

Entre les oreilles

On l’a écrit dans le guide cinéma du dernier VA : “Entre les murs”, le film de Laurent Cantet, est atteint de schizophrénie galopante. D’un côté, un constat assez réaliste, celui de profs condamnés, dans certains établissements “difficiles”, à s’épuiser en négociations permanentes pour obtenir de leurs élèves quelques minutes d’attention – où, aussi, est forte la tentation, pour y parvenir, de s’abaisser au niveau des élèves, de leurs approximations, de leur jargon, de leur confusion mentale. De l’autre, un constat quasi idyllique, où finalement, à une ou deux exceptions près, les élèves, contents de leur année, en ont appris beaucoup plus qu’il n’y paraissait, assez savants même pour réinventer “la République” de Platon avec leurs mots à eux. Comme cette conclusion irénique n’occupait que les dix dernières minutes du film, on pensait naïvement que les commentaires allaient davantage s’attarder sur les deux heures qui précédent. Mais à lire la déferlante d’optimisme des critiques parues dans la presse, on se demande si nos confrères ne sont pas arrivés dix minutes avant la fin. De “Libé” qui y voit un apprentissage de la démocratie et la description d’« une institution en état de marche », au “Monde”, qui y reconnaît une moderne leçon de maïeutique, en passant par “l’Express”, où Daniel Pennac y trouve une parfaite illustration de l’art d’enseigner, ou “Télérama”, qui y voit surtout un « feu d’artifice de la langue » – il n’y a pas jusqu’au metteur en scène lui-même, dont on finit par se demander s’il a vu son film, qui ne l’interprète comme une réfutation du « fantasme » sur la faillite de l’école. Alors qu’“Entre les murs” est au contraire symptomatique, à l’évidence, de l’impossibilité d’enseigner dans un système où la négociation et la séduction ont remplacé l’éducation, où l’autorité a disparu devant l’égalité, où, comme le montre excellemment Jean-Noël Dumont dans une tribune du “Figaro”, la règle n’est plus posée, mais sans cesse réinventée. Quoi qu’en pensent tous les sectateurs obséquieux du monde tel qu’il ne va pas, la pédagogie décrite et proposée, par “Entre les murs”, condamne les élèves à sortir de l’école sans avoir grand-chose entre les oreilles. Et à être les éternelles victimes de ceux qui les condamnent, par démagogie ou conservatisme, à la médiocrité.

Benoît XVI et la souffrance

Pourquoi ne pas l’avouer ? Ce fut un grand bonheur de suivre in extenso cette visite pontificale. Quelques jours plus tard, je reste marqué par l’intense recueillement que le pape a su inspirer à ces foules immenses, par le silence contemplatif de ces centaines de milliers de personnes méditant les homélies de Benoît XVI ou adorant avec lui l’Eucharistie. Impressionné aussi par l’attention que tous ceux rencontrés pendant ces quatre jours, quelle que soit leur origine, leur formation intellectuelle ou leur âge, ont déployée pour pénétrer la pensée si profonde de ce pape. On était là bien loin des polémiques sur les charismes comparés de Jean-Paul II et de Benoît XVI : pour reprendre un cliché médiatique récurrent, personne n’était venu acclamer un “chanteur”, tous étaient bien là pour entendre la “chanson”, s’en imprégner le plus possible. Cette parole si dense continue de cheminer, bien longtemps après, dans le silence des cœurs et des âmes. Parmi ses innombrables richesses, une réflexion sur la souffrance. « Miracle de Lourdes » oblige, Nicolas Sarkozy l’a évoquée à l’Elysée, en une phrase rarement relevée, mais qui aura son importance dans les débats bioéthiques à venir : « C’est parce qu’il y a la souffrance et la capacité à la surmonter que l’homme prouve sa dignité première. » A Lourdes, le pape lui a fait écho : « Dans le sourire de la plus éminente de toutes les créatures (la Vierge Marie), tournée vers nous, se reflète notre dignité d'enfants de Dieu, cette dignité qui n'abandonne jamais celui qui est malade. Ce sourire, vrai reflet de la tendresse de Dieu, est la source d'une espérance invincible », a-t-il dit peu avant d’administrer le sacrement des malades, ce sacrement qui « consiste à accueillir en soi le Christ médecin ». Et le pape de préciser : « Cependant, le Christ n'est pas médecin à la manière du monde. Pour nous guérir, il ne demeure pas extérieur à la souffrance éprouvée ; il la soulage en venant habiter en celui qui est atteint par la maladie, pour la porter et la vivre avec lui. La présence du Christ vient rompre l'isolement que provoque la douleur. L'homme ne porte plus seul son épreuve, mais il est conformé au Christ qui s'offre au Père, en tant que membre souffrant du Christ, et il participe, en Lui, à l'enfantement de la nouvelle création. » Permettre au malade d’être non plus, comme le prétendent les partisans de l’euthanasie, un être diminué au point de se trouver privé de sa dignité, mais l’artisan de l’avènement d’un monde nouveau : ça n’est pas la moindre des révolutions qu’est venu apporter le christianisme.

Niches fiscales

Niches : tour malicieux destiné à taquiner. Faire des niches. Telle est la définition du Robert. C’est sans doute ce qu’ont voulu faire les parlementaires de la majorité aux Français en proposant de plafonner les niches fiscales qu’ils ont pourtant eux-même votées. L’argument est étrange : puisque le gouvernement a décidé de prélever 1,1% des revenus du capital pour financer le RSA, prélèvement que nous désapprouvons, nous allons, en plus, lui demander de plafonner les niches fiscales, autrement dit, d’en rajouter une couche en matière de prélèvements obligatoires. Si vraiment la droite n’approuvait pas le prélèvement RSA, il lui eut été facile, puisqu’elle est majoritaire au Parlement, de refuser de le voter. Mais non ! Elle le votera comme un seul homme et, en plus, rabotera les maigres allègements qu’elle avait consentis aux particuliers. Lesquels ? La déduction des intérêts d’emprunts qu’elle a votée l’an dernier où l’exonération de l’ISF des sommes investies dans des PME ? En vérité, ce qui déplait à l’UMP, ce n’est pas tant le prélèvement supplémentaire décidé par le gouvernement mais que ce ne soit pas elle qui y ait pensé en premier. On comprend que les socialistes soient à la dérive. En matière de prélèvement et de démagogie ils sont complètement hors course.

De la palinophobie à la palinomania

Le métier de journaliste, toujours difficile, n’est pas exempt de réels dangers. Comme celui d’être obligé de se déjuger d’une semaine à l’autre. C’est ainsi qu’en quelques jours, la plupart des grands médias français ont été contraints par la réalité à changer leur fusil d’épaule à propos de Sarah Palin, la colistière surprise de John McCain. En une semaine, celle qui n’était qu’une bombe à retardement, une catastrophique erreur de casting qui allait « dévorer » le candidat républicain, une moraliste hypocrite condamnée à faire fuir en masse l’électorat féminin vers Obama, est devenue le meilleur atout de McCain, un joker imparable et un coup de génie prouvant le sens politique exceptionnel des républicains. C’est qu’entretemps, les premiers sondages sont tombés qui ont rappelé que l’Amérique profonde ne partageait en rien les préjugés des élites médiatiques – et surtout pas des élites européennes – et montré que les fans d’Hillary Clinton elles-mêmes s’étaient laissé séduire par le mélange de valeurs morales et de faillibilité humaine incarnée par la famille du gouverneur de l’Alaska. On ne sait si le tandem McCain-Palin remportera la victoire finale, ni même si c’est souhaitable. Ce qui est sûr, c’est qu’il a d’ores et déjà donné un bon coup de pied au derrière de tous les perroquets de la pensée unique, et de tous les moralistes au petit pied qui confondent leurs préjugés idéologiques avec la réalité des faits.

Benoît XVI et les belles endormies

C’est une tâche difficile (on dirait impossible si l’on ne savait qu’impossible n’est pas chrétien) qui attend Benoît XVI à l’occasion de son premier et bref séjour en France, du 12 au 15 septembre : réveiller deux belles endormies, au sommeil qui semble d’une profondeur inatteignable. L’Eglise de France, tout d’abord, menacée d’un « effondrement », dit-on à Rome (au rythme actuel des ordinations, elle ne comptera plus que 5 000 prêtres dans dix ans), et qui ne semble pas toujours s’en aviser, une bonne part de sa hiérarchie continuant à gérer la faillite comme si de rien n’était, malgré les bonnes volontés qui fleurissent dans les nouvelles générations. N’est-ce pas Mgr Le Gall, évêque de Toulouse et chargé au sein de la conférence épiscopale des questions liturgiques, qui déclarait il n’y a pas si longtemps qu’il n’y avait pas de crise liturgique en France, et que le motu proprio promulgué par le Saint-Père n’y était pas souhaité ? N’est-ce pas Mgr Vingt-Trois qui, dans une récente interview au “Monde”, récuse le terme d’ « effondrement », auquel il préfère celui, certes plus flatteur, de « mutation » ? N’est-ce pas Mgr Brunin, évêque d’Ajaccio, qui expliquait récemment à ses paroissiens qu’il ne souhaite plus accueillir de prêtres extérieurs au diocèse, préférant former les laïcs aux « responsabilités ecclésiales » ? L’autre belle endormie, c’est la France, qui a oublié l’apport décisif que le christianisme a apporté à son identité. Aux « catholiques fatigués » dont parle Mgr Rey dans l’interview accordée à “Valeurs actuelles” de cette semaine, Benoît XVI conseillera sans doute, comme il l’a fait ces jours dans un SMS envoyés aux participants des JMJ de Sidney, de se laisser « rajeunir par l’Espérance ». Aux jeunes catholiques soucieux de nouvelle évangélisation, il tentera d’insuffler la force de « vivifier l’Eglise ». Aux autres, le pape devrait rappeler, dans la foulée de Ratisbonne, que la sagesse chrétienne a fondé leur liberté et que ce n’est que par elle qu’ils atteindront la vérité. A tous, il tâchera de présenter un visage, une personne qui est source de vie et chemin de salut. Ce n’est pas en chef d’Etat, même s’il en a le titre, que Benoît XVI vient visiter les Français : c’est en ambassadeur, en ambassadeur du Christ.

L’embuscade médiatique

Grâce à deux journalistes français, les talibans viennent de réussir cette semaine un formidable coup médiatique : ils paradent dans un magazine à grand tirage, présentent leurs armes et leurs trophées. Or ce ne sont pas n’importe quels talibans, non, ce sont ceux qui, le 18 août dernier, ont tué dix de nos soldats et en ont blessé vingt et un autres. Pour prouver leurs exploits, ils montrent un de nos fusils d’assaut, un appareil de radio, une tenue de combat, une montre prise au poignet de l’un des soldats tués. Et que nous disent ces valeureux guerriers ? Que les soldats français et occidentaux doivent quitter d’urgence l’Afghanistan avant la fin du ramadan, ou bien ils seront tués comme les autres…

Voilà ce que l’on imprime dans un hebdomadaire français. Qui se soucie des familles des soldats tombés sur le champ de bataille, de leurs camarades qui chaque jour poursuivent leur mission au nom de leur pays, de ceux qui s’entraînent et se préparent à les relever bientôt ? Après l’embuscade militaire dans laquelle sont tombés nos parachutistes, voici l’embuscade médiatique. Celle qui s’attaque en direct à notre opinion publique et veut faire chanter nos responsables politiques pour obtenir leur capitulation.

Comment nos démocraties pourraient-elles affronter ceux que le chef de l’Etat appelle les barbares et les terroristes en s’offrant à eux, en servant de support à leur propagande ? Elles s’avancent, désarmées, une main liée dans le dos, dans le défilé où les attendent leurs adversaires les plus implacables.

L’opposition dans les têtes

« Sarkozy sans opposition ? », interroge Eric Branca dans Valeurs actuelles de cette semaine. D’un point de vue tactique ou organisationnel, l’opposition n’est en effet guère à la fête ces temps-ci : morcelée, inaudible, empêtrée dans ses contradictions internes, achetée en partie à coups de missions et de faveurs diverses… Pourquoi, alors qu’elle est si affaiblie, faut-il donc que la majorité continue à faire tant de concessions à ses idées et à ses fausses valeurs ? De subtils stratèges objecteront que c’est justement la reprise par la droite de ses arguments qui, coupant l’herbe sous le pied de la gauche, la réduit à néant… Mais où est l’intérêt ? A quoi sert de ratiboiser l’opposition si c’est pour lui céder sur le fond (si ce n’est de se maintenir au pouvoir, préoccupation dont on n’ose croire qu’elle soit la seule motivation de nos chers gouvernants…) ? De cette servitude volontaire de la droite, on a un exemple sur le terrain économique, avec le financement du RSA par une taxation supplémentaire de l’épargne qui, David Victoroff le notait ici même, vise à se faire pardonner le « cadeau fait aux riches » qu’aurait constitué le bouclier fiscal. Mais on pourrait en trouver des exemples dans tous les domaines, de l’éducation – avec les consternantes déclarations de Xavier Darcos voyant dans la « lutte contre l’homophobie » un « enjeu essentiel » de l’école – à la politique familiale – ou plutôt à son absence – en passant par la culture, où la rupture est à ce jour rigoureusement invisible, même aux microscopes les plus subtils. L’opposition n’est peut-être plus dans les assemblées ou dans les rues, mais elle est encore solidement nichée dans les cerveaux des princes qui nous gouvernent.

Les cocos en ont rêvé, Sarko l’a fait !

On reste pantois ! Après avoir flatté la France qui travaille et se lève tôt, voilà que Nicolas Sarkozy s’en prend à son épargne. Tout cela pour financer une mesure dont il y a tout lieu de craindre qu’elle se révèle aussi vaine que le RMI et la prime pour l’emploi pour lutter contre la pauvreté. Il veut se faire pardonner ses 15 milliards soi-disant pour les riches de la loi Tepa, en réalité des heures sup pour les gens modestes et l’exonération des petits héritages. Il frappe « le capital ». Les cocos en ont rêvé, Sarko l’a fait ! Mais les milliardaires ne seront guère touchés par le 1,1%. Ils sont déjà partis à l’étranger ou au plafond du bouclier fiscal. En revanche les classes moyennes qui épargnent pour leur retraite, prennent des risques en Bourse ou dans l’immobilier seront frappées de plein fouet. Mais où est donc passé la rupture ?

Squats à Versailles et à Fontainebleau

Dans le château de Versailles, c’est un homard géant, en inox gonflable, qui squattera le salon de Mars à partir du 10 septembre (voir notre article dans VA du 17 juillet dernier). A Fontainebleau, dès le 6 septembre, c’est un chat crevé, lui aussi gonflé à l’hélium (décidément très tendance), que vous trouverez blotti sous le plafond d’une des salles du château. Contrairement aux apparences, ces squatteurs d’un genre nouveau ne ressortissent pas du canular, ou d’une intervention d’un groupe terroriste d’un genre nouveau. Ou plutôt si, car ce gonflage d’animaux en tous genres relève bien d’un attentat mené par le “canul’art” contre l’art véritable, d’une attaque terroriste contre la beauté, commise par ceux-là mêmes qui s’autoproclament artistes, avec la complicité de ceux qui se devraient par fonction d’être des conservateurs, j’ai nommé les dirigeants de nos grands musées et monuments historiques, en tête desquels Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture qui a roqué le château de Versailles avec Christine Albanel. C’est ainsi que Jeff Koons, baptisé “artiste baroque” sous prétexte qu’il fait n’importe quoi, envahit le palais de Louis XIV pendant trois mois, et que les collections du palais de Tokyo occuperont le château de Fontainebleau deux mois durant. Dévoilant sa nature totalitaire, mise en évidence par Christine Sourgins dans les Mirages de l’art contemporain (La Table ronde), l’art contemporain ne veut plus se contenter des innombrables musées qui lui sont consacrés, il faut désormais qu’il aille forcer le public jusque dans les endroits où l’amateur d’histoire de l’art et de véritable beauté pensait pouvoir en être préservé. Il est vrai que les tenants de cette esthétique archaïque, et pour tout dire réactionnaire et artistophobe, ne méritent guère le respect, à en croire la multiplication de ce genre d’opérations. Mais foin de ces demi-mesures : à quand une bonne révolution culturelle pour dessiller les yeux des petits-bourgeois qui s’obstinent à ne voir que de la puérilité et de l’imposture dans le bestiaire de Koons, les cahiers d’écriture de Ben ou les écrabouillages de César ? A quand des descentes de police chez les particuliers pour s’assurer que leurs murs respectent la parité citoyenne et la mixité esthétique entre œuvres du passé et barbouillages modernes ? Il ne faut plus tarder ! Les réactionnaires du beau à la lanterne ! Le bon goût ne passera pas !

Projet Dati sur les prisons : même la gauche n’avait pas osé !

J’avoue avoir été stupéfait par le projet de loi pénitentiaire de Rachida Dati, consistant à développer « une prison hors les murs ». Bref, une prison chez soi, peinard, au milieu des siens, quand tant d’autres (honnêtes gens) sont contraints de se lever aux aurores pour aller travailler dur… En dessous d’une condamnation à deux ans de prison, il n’y aura plus, ou presque, d’incarcération ! C’est un renversement de total de valeur : la notion de punition (en l’occurrence la privation de liberté) a disparu au profit du seul objectif de réinsertion (pour le délinquant, pas pour la victime…). Dati précise dans « Le Monde » que son projet se justifie aussi par la « surpopulation carcérale » (alors que la France ne compte que 103 détenus pour 100 000 habitants, contre 145 sur 100 000 en Espagne socialiste). Au lieu de construire des prisons, la France libère ses prisonniers : même la gauche n’avait pas osé !

Parachutes

La décision de la présidente du Medef de sauter en parachute sur l’Ecole polytechnique à l’occasion de la prochaine université d’été est en accord parfait avec le thème choisi cette année : voir en grand. Bien sûr, en prenant de la hauteur, on commence par voir les choses plus petites qu’elles ne sont en réalité. Mais, au fur et à mesure que l’on tombe de haut, elles apparaissent de plus en plus grandes jusqu’au choc final. Il est vrai aussi que l’auteur de « Besoin d’air » ne pouvait trouver meilleur endroit pour un bol d’oxygène qu’au dessus des nuages et de la couche d’ozone. Et puis, rien ne ressemble davantage à la création d’entreprise qu’un saut dans le vide, les subventions servant de parachute. Rien à voir donc, comme on n’a pu lire ici ou là avec la symbolique des parachutes dorés, tant appréciés des patrons. Ainsi la patronne d’Alcatel, Patricia Russo, partira-t-elle avec plus de 6 millions d’euros, mais le cours de l’action est tombé, lui, sans parachute, depuis l’annonce de la fusion franco-américaine, il y a deux ans.

Une voix

Manquer le but de peu, c’est toujours rageant. On comprend que le PS digère mal d’avoir raté cette occasion de faire trébucher l’hyperprésident Sarkozy. D’où ces déclarations comme quoi une réforme adoptée à une voix près ne serait pas vraiment légitime. Juridiquement absurde, pratiquement difficile à manier (à partir de combien de voix un vote devient-il indiscutable ? deux ? trois ? dix ?), l’argument pourrait toutefois ouvrir des perspectives intéressantes. Sur cette base, on devrait en effet remettre en cause l’établissement de la République en France, intervenu subrepticement, le 30 janvier 1875, par l’adoption d’un simple amendement, à une voix de majorité (sans parler de la condamnation à mort de Louis XVI, sur laquelle il paraît hélas impossible de revenir, quoiqu’elle fut obtenue là aussi par la voix d’un traître à son camp, en la personne de Philippe Egalité, propre cousin du roi). Si l’on suit M. Dray et ses camarades, il conviendrait de remettre en jeu le choix entre République et monarchie, jusqu’à ce que l’on obtienne une majorité incontestable sur le sujet. Ce qui, pour le coup, nous ferait un débat sur la réforme institutionnelle un peu plus haut de gamme que la grave question de savoir si le Président de la République a le droit de venir discourir devant les Chambres, ou s’il doit se contenter d’y déléguer son Premier ministre. Pour le coup, voilà qui serait de la rupture, et de la vraie !

Inflation ou déflation ?

L’inflation, aux dires de l’Insee, a atteint son plus haut niveau depuis dix-sept ans. Cependant, le nouvel iPhone, le téléphone portable de Apple, a vu son prix chuter de moitié par rapport au modèle précédent, bien que plus performant. Certes, on ne se nourrit pas avec des téléphones portables pas plus qu’on alimente avec eux les moteurs des automobiles. L’envolée du prix de l’essence qui incite les Français à moins rouler, peut diminuer l’utilisation du téléphone portable au volant, malgré la baisse du prix de l’iPhone. Reste que l’évolution des prix est toujours aussi difficile à mesurer. D’un côté, la prolifération d’offres quasi gratuites, dont l’Internet, l’effondrement des coûts des produits technologiques, de l’autre l’augmentation de tous les biens de première nécessité. L’accès au virtuel est de moins en moins coûteux tandis que le réel devient exorbitant. Il n’est pas sûr que le solde, qui pourrait former l’indice du bonheur préconisé par le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, soit positif.

Un 14 juillet en trompe-l’oeil

Hier soir à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, pour un concert donné par Jordi Savall sur le thème Orient-Occident, dans le cadre de l’année européenne du dialogue interculturel (sic). Le concert fut superbe, mais personne n’a pu empêcher Jacques Toubon, président du comité d’orientation de la Cité, de prononcer quelques mots pour “contextualiser” le concert, et se féliciter qu’il ait eu lieu en ce 14 juillet, fête nationale d’un pays « qui puise son identité dans toutes les religions et toutes les cultures »… A entendre un tel gloubi-boulga politiquement correct, on songe avec quelque frayeur à la teneur des “activités pédagogiques” dont se targue ladite Cité. Il paraît (c’est en tout cas en une du “Monde” d'hier soir) que la droite aurait « gagné la bataille idéologique ». Apparemment, la nouvelle n’en est pas parvenue jusqu’à la Porte Dorée ni jusqu’à Jacques Toubon… Ce même 14 juillet, le traditionnel défilé militaire fut, paraît-il, un succès. Traditionnel, il l’est à double titre, puisque c’était le 120e du genre, et parce que, comme souvent, ce fut l’occasion de se rassurer à bon compte sur l’excellente estime en laquelle le pouvoir politique tiendrait nos forces armées, et sur la constance de notre effort de Défense. Mais ce trompe-l’œil trompe-t-il encore quiconque ? Dans les colonnes de Valeurs actuelles, le 3 juillet, Hervé Morin avouait que la France avait renoncé à sa souveraineté en matière de Défense, justifiant la baisse de notre capacité de projection par cet argument surprenant : « La France n’agit plus jamais seule, mais toujours en coalition ou dans un système d’alliance. » Dans une interview à Minute du 9 juillet, le général de Richoufftz était encore plus direct : « La France n’a plus les moyens d’être indépendante. La France est une puissance moyenne qui n’a pas les moyens d’assumer seule une politique internationale. C’est pour cela qu’il faut regarder les réalités en face et s’adapter à un nouveau cadre. » Comme si les moyens n’étaient pas, d’abord, une question de priorité… Avoir réussi à faire renoncer la France à l’idée qu’une Défense indépendante est une priorité absolue, c’est sans doute l’une des “victoires idéologiques” dont la droite est si fière…

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