Notre langue, notre liberté
Le 22/10/07, par Fabrice Madouas, Rédacteur en chef adjoint Société | Société
J’ai acheté hier, à ma fille, Les Contes du lundi, d’Alphonse Daudet, dans la Bibliothèque verte. Elle a 8 ans, apprend à aimer le français, à jouer avec ses mots, à cultiver ses nuances et sa rigueur : l’accord si délicat de ses participes, la conjugaison parfois abracadabrantesque de ses verbes, la grammaire que l’on apprend à cet âge, et dont Erik Orsenna nous dit qu’elle est “une chanson douce”. Il y a, parmi ces récits, La dernière classe, où Daudet raconte le dernier cours de français dispensé par un instituteur alsacien, M. Hamel, à ses petits élèves, avant qu’un Prussien ne le remplace pour leur enseigner l’allemand : nous sommes en 1871 et la France, vaincue, a abandonné l’Alsace et la Lorraine à l’empereur Guillaume. « Alors, d’une chose à l’autre, M. Hamel se mit à nous parler de la langue française, disant que c’était la plus belle langue du monde, la plus claire, la plus solide ; qu’il fallait la garder entre nous et ne jamais l’oublier, parce que, quand un peuple tombe esclave, tant qu’il tient bien sa langue, c’est comme s’il tenait la clef de sa prison… » Comment ne pas trouver à ses mots une troublante résonance au moment où le chef de l’État s’accordait, à Lisbonne, avec ses partenaires européens sur un traité “simplifié” qui comptera plus de 3 000 pages (!) et reprend l’essentiel du projet de Constitution rejeté par les Français ? « La France ne peut se retrouver aujourd’hui que par et dans le français », écrivait l’an dernier Paul-Marie Coûteaux, pressentant cet ultime abandon de souveraineté (Être et parler français, Perrin). Oui, cultivons cet amour du français, transmettons à nos enfants ce fragile héritage dont on menace aussi de nous déposséder : c’est, comme l’écrivaient Daudet et Mistral avant lui, « la clef qui, de (nos) chaînes », pourra nous délivrer.
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