L’a-t-on assez souligné ? En Irlande, seuls quatre députés sur les 166 que compte le Parlement s’étaient prononcés pour le “non”. C’est donc la quasi-unanimité de la classe politique, mais aussi l’ensemble des syndicats, salariés et patrons confondus, qui ont été désavoués par le vote populaire. Un jour, il faudra bien qu’un moderne Augustin Cochin (cet admirable historien, mort pour la France en 1916, auteur d’études capitales sur le rôle des “sociétés de pensée” dans la fabrication de l’esprit révolutionnaire avant 1789) se penche sur les mécanismes, publics ou souterrains, qui ont produit l’effrayant monolithisme des castes médiatico-politiques qui nous gouvernent, sur cette question et sur quelques autres – citons au hasard l’immigration à propos de laquelle, là aussi, le sentiment populaire est inlassablement refoulé par un discours officiel, de nature mythologique, dont l’enfermement sur lui-même évoque immanquablement un phénomène sectaire. Dans ce concert d’autistes, la voix discordante du président tchèque Vaclav Klaus apparaît singulièrement rafraîchissante : « Laissons les gens qui vivent sur le continent européen être Tchèques, Polonais, Italiens, Danois... et ne faisons pas d'eux des Européens. C'est un projet erroné. La différence entre le Tchèque, le Polonais, l'Italien, le Danois et l'Européen est la même qu'entre la langue tchèque, polonaise, italienne et danoise et l'esperanto. L'européisme est l'esperanto : une langue artificielle, morte. » Quand l’ensemble des classes politiques d’un continent tout entier communie dans une langue artificielle et morte rejetée par les peuples qu’elles sont censés gouverner, il n’est pas besoin d’être l’oracle de Delphes pour prévoir des réveils douloureux.

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