Un 14 juillet en trompe-l’oeil
Le 15/07/08, par Laurent Dandrieu, Rédacteur en chef adjoint Culture | Général
Hier soir à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, pour un concert donné par Jordi Savall sur le thème Orient-Occident, dans le cadre de l’année européenne du dialogue interculturel (sic). Le concert fut superbe, mais personne n’a pu empêcher Jacques Toubon, président du comité d’orientation de la Cité, de prononcer quelques mots pour “contextualiser” le concert, et se féliciter qu’il ait eu lieu en ce 14 juillet, fête nationale d’un pays « qui puise son identité dans toutes les religions et toutes les cultures »… A entendre un tel gloubi-boulga politiquement correct, on songe avec quelque frayeur à la teneur des “activités pédagogiques” dont se targue ladite Cité. Il paraît (c’est en tout cas en une du “Monde” d'hier soir) que la droite aurait « gagné la bataille idéologique ». Apparemment, la nouvelle n’en est pas parvenue jusqu’à la Porte Dorée ni jusqu’à Jacques Toubon… Ce même 14 juillet, le traditionnel défilé militaire fut, paraît-il, un succès. Traditionnel, il l’est à double titre, puisque c’était le 120e du genre, et parce que, comme souvent, ce fut l’occasion de se rassurer à bon compte sur l’excellente estime en laquelle le pouvoir politique tiendrait nos forces armées, et sur la constance de notre effort de Défense. Mais ce trompe-l’œil trompe-t-il encore quiconque ? Dans les colonnes de Valeurs actuelles, le 3 juillet, Hervé Morin avouait que la France avait renoncé à sa souveraineté en matière de Défense, justifiant la baisse de notre capacité de projection par cet argument surprenant : « La France n’agit plus jamais seule, mais toujours en coalition ou dans un système d’alliance. » Dans une interview à Minute du 9 juillet, le général de Richoufftz était encore plus direct : « La France n’a plus les moyens d’être indépendante. La France est une puissance moyenne qui n’a pas les moyens d’assumer seule une politique internationale. C’est pour cela qu’il faut regarder les réalités en face et s’adapter à un nouveau cadre. » Comme si les moyens n’étaient pas, d’abord, une question de priorité… Avoir réussi à faire renoncer la France à l’idée qu’une Défense indépendante est une priorité absolue, c’est sans doute l’une des “victoires idéologiques” dont la droite est si fière…
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