Dans le château de Versailles, c’est un homard géant, en inox gonflable, qui squattera le salon de Mars à partir du 10 septembre (voir notre article dans VA du 17 juillet dernier). A Fontainebleau, dès le 6 septembre, c’est un chat crevé, lui aussi gonflé à l’hélium (décidément très tendance), que vous trouverez blotti sous le plafond d’une des salles du château. Contrairement aux apparences, ces squatteurs d’un genre nouveau ne ressortissent pas du canular, ou d’une intervention d’un groupe terroriste d’un genre nouveau. Ou plutôt si, car ce gonflage d’animaux en tous genres relève bien d’un attentat mené par le “canul’art” contre l’art véritable, d’une attaque terroriste contre la beauté, commise par ceux-là mêmes qui s’autoproclament artistes, avec la complicité de ceux qui se devraient par fonction d’être des conservateurs, j’ai nommé les dirigeants de nos grands musées et monuments historiques, en tête desquels Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture qui a roqué le château de Versailles avec Christine Albanel. C’est ainsi que Jeff Koons, baptisé “artiste baroque” sous prétexte qu’il fait n’importe quoi, envahit le palais de Louis XIV pendant trois mois, et que les collections du palais de Tokyo occuperont le château de Fontainebleau deux mois durant. Dévoilant sa nature totalitaire, mise en évidence par Christine Sourgins dans les Mirages de l’art contemporain (La Table ronde), l’art contemporain ne veut plus se contenter des innombrables musées qui lui sont consacrés, il faut désormais qu’il aille forcer le public jusque dans les endroits où l’amateur d’histoire de l’art et de véritable beauté pensait pouvoir en être préservé. Il est vrai que les tenants de cette esthétique archaïque, et pour tout dire réactionnaire et artistophobe, ne méritent guère le respect, à en croire la multiplication de ce genre d’opérations. Mais foin de ces demi-mesures : à quand une bonne révolution culturelle pour dessiller les yeux des petits-bourgeois qui s’obstinent à ne voir que de la puérilité et de l’imposture dans le bestiaire de Koons, les cahiers d’écriture de Ben ou les écrabouillages de César ? A quand des descentes de police chez les particuliers pour s’assurer que leurs murs respectent la parité citoyenne et la mixité esthétique entre œuvres du passé et barbouillages modernes ? Il ne faut plus tarder ! Les réactionnaires du beau à la lanterne ! Le bon goût ne passera pas !

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