C’est une tâche difficile (on dirait impossible si l’on ne savait qu’impossible n’est pas chrétien) qui attend Benoît XVI à l’occasion de son premier et bref séjour en France, du 12 au 15 septembre : réveiller deux belles endormies, au sommeil qui semble d’une profondeur inatteignable. L’Eglise de France, tout d’abord, menacée d’un « effondrement », dit-on à Rome (au rythme actuel des ordinations, elle ne comptera plus que 5 000 prêtres dans dix ans), et qui ne semble pas toujours s’en aviser, une bonne part de sa hiérarchie continuant à gérer la faillite comme si de rien n’était, malgré les bonnes volontés qui fleurissent dans les nouvelles générations. N’est-ce pas Mgr Le Gall, évêque de Toulouse et chargé au sein de la conférence épiscopale des questions liturgiques, qui déclarait il n’y a pas si longtemps qu’il n’y avait pas de crise liturgique en France, et que le motu proprio promulgué par le Saint-Père n’y était pas souhaité ? N’est-ce pas Mgr Vingt-Trois qui, dans une récente interview au “Monde”, récuse le terme d’ « effondrement », auquel il préfère celui, certes plus flatteur, de « mutation » ? N’est-ce pas Mgr Brunin, évêque d’Ajaccio, qui expliquait récemment à ses paroissiens qu’il ne souhaite plus accueillir de prêtres extérieurs au diocèse, préférant former les laïcs aux « responsabilités ecclésiales » ? L’autre belle endormie, c’est la France, qui a oublié l’apport décisif que le christianisme a apporté à son identité. Aux « catholiques fatigués » dont parle Mgr Rey dans l’interview accordée à “Valeurs actuelles” de cette semaine, Benoît XVI conseillera sans doute, comme il l’a fait ces jours dans un SMS envoyés aux participants des JMJ de Sidney, de se laisser « rajeunir par l’Espérance ». Aux jeunes catholiques soucieux de nouvelle évangélisation, il tentera d’insuffler la force de « vivifier l’Eglise ». Aux autres, le pape devrait rappeler, dans la foulée de Ratisbonne, que la sagesse chrétienne a fondé leur liberté et que ce n’est que par elle qu’ils atteindront la vérité. A tous, il tâchera de présenter un visage, une personne qui est source de vie et chemin de salut. Ce n’est pas en chef d’Etat, même s’il en a le titre, que Benoît XVI vient visiter les Français : c’est en ambassadeur, en ambassadeur du Christ.

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