Benoît XVI et la souffrance
Le 19/09/08, par Laurent Dandrieu, Rédacteur en chef adjoint Culture | Société
Pourquoi ne pas l’avouer ? Ce fut un grand bonheur de suivre in extenso cette visite pontificale. Quelques jours plus tard, je reste marqué par l’intense recueillement que le pape a su inspirer à ces foules immenses, par le silence contemplatif de ces centaines de milliers de personnes méditant les homélies de Benoît XVI ou adorant avec lui l’Eucharistie. Impressionné aussi par l’attention que tous ceux rencontrés pendant ces quatre jours, quelle que soit leur origine, leur formation intellectuelle ou leur âge, ont déployée pour pénétrer la pensée si profonde de ce pape. On était là bien loin des polémiques sur les charismes comparés de Jean-Paul II et de Benoît XVI : pour reprendre un cliché médiatique récurrent, personne n’était venu acclamer un “chanteur”, tous étaient bien là pour entendre la “chanson”, s’en imprégner le plus possible. Cette parole si dense continue de cheminer, bien longtemps après, dans le silence des cœurs et des âmes. Parmi ses innombrables richesses, une réflexion sur la souffrance. « Miracle de Lourdes » oblige, Nicolas Sarkozy l’a évoquée à l’Elysée, en une phrase rarement relevée, mais qui aura son importance dans les débats bioéthiques à venir : « C’est parce qu’il y a la souffrance et la capacité à la surmonter que l’homme prouve sa dignité première. » A Lourdes, le pape lui a fait écho : « Dans le sourire de la plus éminente de toutes les créatures (la Vierge Marie), tournée vers nous, se reflète notre dignité d'enfants de Dieu, cette dignité qui n'abandonne jamais celui qui est malade. Ce sourire, vrai reflet de la tendresse de Dieu, est la source d'une espérance invincible », a-t-il dit peu avant d’administrer le sacrement des malades, ce sacrement qui « consiste à accueillir en soi le Christ médecin ». Et le pape de préciser : « Cependant, le Christ n'est pas médecin à la manière du monde. Pour nous guérir, il ne demeure pas extérieur à la souffrance éprouvée ; il la soulage en venant habiter en celui qui est atteint par la maladie, pour la porter et la vivre avec lui. La présence du Christ vient rompre l'isolement que provoque la douleur. L'homme ne porte plus seul son épreuve, mais il est conformé au Christ qui s'offre au Père, en tant que membre souffrant du Christ, et il participe, en Lui, à l'enfantement de la nouvelle création. » Permettre au malade d’être non plus, comme le prétendent les partisans de l’euthanasie, un être diminué au point de se trouver privé de sa dignité, mais l’artisan de l’avènement d’un monde nouveau : ça n’est pas la moindre des révolutions qu’est venu apporter le christianisme.
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