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Espérons que la fonction créera l’organe !

Les dés du suffrage universel ont roulé : ce sera, la semaine prochaine, ou Sarko ou Ségo, et tant pis pour les citoyens que la perspective d’avoir à choisir entre les deux ne porte pas à l’euphorie. A cet égard, soulignons qu’il est pour le moins anormal que, dans la prétendue démocratie qui est la nôtre, le vote blanc ne soit pas comptabilisé comme une expression politique à part entière. Passons… De l’un des candidats, le programme et la personnalité suscitent de notre part un total rejet. De l’autre, si le programme nous agrée, la personnalité ne me séduit pas complètement, et c’est un euphémisme. Manque de pondération, de maîtrise de soi, difficulté à dialoguer, tendance à la démagogie, confusion entre le désir de pouvoir et le service de la « res publica », doute sur ses capacités à affronter une crise internationale… Comme un vin de garde, il gagnerait à vieillir quelques années de plus en cave avant d’exercer la magistrature suprême. Reste à espérer que, comme le pensaient les physiologistes du dernier siècle, la fonction créera l’organe, quel que soit le vainqueur du scrutin.

C’est pas chez nous que ça arriverait !

Oublions un peu la politique et reparlons d’amour. Le président de la banque mondiale, Paul Wolfowitz, celui-là même qui voulait punir la France pour s’être opposée à l’intervention américaine en Irak, risque à son tour d’être sanctionné. Il est accusé d’avoir une maîtresse au sein de la banque et d’être intervenu en sa faveur pour lui faire obtenir un poste très bien rémunéré au département d’Etat ! Certains jugent qu’il est maintenant mal placé pour conduire la croisade anticorruption qu’il a lui-même lancée, conditionnant les prêts de la banque aux pays en développement à l’honnêteté de leur gouvernement (sans doute pour réduire les engagements de cet établissement). On comprend l’indignation soulevée par la conduite de M. Paul Wolfowitz. Jamais on ne verrait en France un dirigeant haut placé avoir une relation extraconjugale et profiter de sa fonction pour lui consentir la moindre faveur. Paul Wolfowitz a d’ailleurs reconnu ses torts et s’est excusé. Il juge d’ailleurs que ses excuses suffisent et refuse de partir. Là encore, quelqu’un dont plus personne ne veut qui s’accroche à son poste, c’est du jamais vu ! Aux dernières nouvelles il s’est adjoint les conseils de Bill Clinton, un expert en « romantic affairs » comme disent les anglo-saxons. C’est effectivement plus romantique que le dialogue Sarko-Sego.

C’est encore ça la France !

Merci à vous qui, bloqués à l’aéroport dans une zone wifi, en profitez pour consulter notre blog. Et merci aux contrôleurs aériens en grève de vous donner cette occasion de vous instruire. Une poignée de fonctionnaires de la tour de contrôle d’Orly et du centre d’Athis-Mons se permet de perturber le trafic européen pour protester contre un regroupement, à partir de 2011, dans un seul centre de contrôle. Pour ce faire, les grévistes invoquent l’intérêt supérieur du service public et, bien entendu, votre sécurité. Si vous êtes cloués au sol, au moins, vous ne risquez pas de tomber ! On veut bien croire à la noblesse des mobiles invoqués. Car une récente étude de Sauvegarde retraites (www. sauvegarde-retraites.org) nous apprend que les contrôleurs aériens n’ont vraiment aucun motif de se plaindre de leur situation matérielle. Une semaine de travail de 32 heures, dont 25% de temps de repos, 54 jours de congés annuels, un traitement de fin de carrière de 3 688 euros en 2007 qui sera porté à 4327 euros d’ici 2009, une retraite au plus tard à 57 ans et une retraite qui passera de 4218 euros au 1 juillet 2007 à 4500 euros au 1er juillet 2009 en euros constant. Certes, ce ne sont pas les indemnités de Forgeard, mais beaucoup de salariés s’en contenteraient. Douce France !

Morale et bon sens

On sait maintenant que le conseil d’administration du groupe EADS a versé il y a un an une indemnité de 6 millions d’euros à Noël Forgeard pour se séparer de lui. Il continue de peser sur lui un soupçon de délit d’initié qui dépend d’une enquête de l’Autorité des marchés financiers. Mais cette seule indemnité de 6 millions d’euros fait naturellement sauter au plafond. Capitalisme immoral et indigne, tous les qualificatifs vont y passer ; en pleine campagne présidentielle, on va crier encore plus fort. C’est justifié. Mais ne pourrait-on pas pour autant regarder les choses sous un autre angle sans s’arrêter à cette seule indemnité dont le motif paraît extravagant ? Que dirait le bon sens ? Puisqu’il les a ces 6 millions d’euros – dont il faut tout de même déduire l’impôt sur le revenu, cotisation indirectement versée par EADS à l’Etat français – ne vaudrait-il pas mieux qu’il les dépense en France ? Au moins cela ferait travailler nos salariés dans l’industrie, le bâtiment, les services… Au contraire, avec notre ISF, nous allons le pousser à partir pour l’étranger en emmenant son patrimoine avec lui. Nous continuerons toujours à nous indigner mais ce sont les Suisses ou les Belges qui auront l’argent…

C’est ça aussi la France !

Alors que fleurissent les ouvrages et les déclarations sur ce qu’il conviendrait de faire pour sortir la France de la voie du déclin, la capitulation de Marseille augure mal de la marge de manœuvre de la prochaine majorité de réformer le pays, si tant est qu’elle en ait la volonté. Finalement, une poignée dockers CGT aura eu gain de cause, obtenant que l’on recrute encore des membres de leur corporation pour travailler au terminal gazier de Fos sur Mer alors que Gaz de France s’y opposait pour des raisons de sécurité. Devait-on prendre le risque de priver les Français d’essence au moment des vacances de printemps ? La CGT a montré qu’elle était en mesure de couper les approvisionnements en pétrole de tout le sud du pays et d’une partie de l’Europe. Et le gouvernement a préféré céder plutôt que d’aller jusqu’au bout pour mettre en évidence la capacité de nuisance des dockers. Ce qui aurait peut-être permis par la suite de libérer pour longtemps Marseille de leur menace. Tant pis pour la ville, tant mieux pour Gêne, Trieste et Barcelone. On avait pourtant su faire preuve de fermeté à la gare du Nord face aux émeutes et montré que ni la fraude, ni les violences ne sauraient être tolérées. Mais à quoi bon ? Le lendemain, la région Ile de France accordait la gratuité à tous les titulaires du RMI et à leur famille. Une émeute pour un fraudeur et 350 000 cartes oranges gratuites distribuées le lendemain ! On se sent vraiment idiot de payer le métro !

Le drame de la démocratie... Avoir à choisir entre Charybde et Scylla…

Plus l’échéance du premier tour approche, et plus l’incertitude, dans tous les domaines, croît et embellit. Incertitude sur les sondages et les intentions de vote, incertitude sur les programmes et les promesses des candidats, incertitude sur la météo le jour des élections et, partant, incertitude sur le pourcentage de l’abstention… Ce devrait, pourtant, être l’inverse : les convictions devraient être plus fortes à mesure que l’on progresse vers le but. Or, il ne semble pas que cela soit le cas chez la majorité des électeurs. L’enthousiasme retombe, un peu comme le soufflé centriste. Bien des raisons peuvent expliquer ce vacillement des certitudes et des convictions. La principale, peut-être, est que la détermination finale sera essentiellement négative. On votera moins pour un candidat et un programme – sachant que l’on sera nécessairement déçu dans ses attentes - que contre le programme et le candidat que l’on ne veut à aucun prix voir s’imposer. Et l’on ne part pas la fleur au fusil pour devoir choisir entre le choléra et la peste…

Trotski à 25% ?

Rassurons-nous, « ils » ne représentent pas le quart de l’électorat… Et même, ils en sont loin. « Ils », ce sont les quatre candidats d’obédience trotskiste que sont Arlette Laguiller, Olivier Besancenot, Gérard Schivardi et José Bové... Et pourtant, ils bénéficient le plus légalement du monde du quart du temps de parole total de la campagne. Plus que Sarkozy, plus que Royal, plus que Bayrou, plus que le Pen, qui n’en n’auront chacun qu’un douzième. Quand on ajoute à cela que cette tendance, ultra marginale dans notre tradition politique, a pu, sans la moindre difficulté réunir au bas mot 2000 signatures de maires (contrairement à un Le Pen ou un Villiers, qui ont dû ramer jusqu’à la dernière minute pour passer la barre fatidique des 500 parrainages), on se dit que, décidément, quelque chose ne tourne pas rond dans le paysage politique français… Ce n’est pas votre avis ?

Message à Pierre Mutz

Pierre Mutz est le préfet de police de Paris. Il est rarement de repos. Mardi soir il a du faire face à six heures d’émeutes dans les sous-sols de la gare du Nord. Et il a fait appel aux CRS. Erreur. Il aurait dû appeler les hommes du CNRS ! Eux ont des idées à faire partager, et ils sont toujours les meilleurs pour s’expliquer dans les journaux. C’est ainsi qu’un de leurs commandants de compagnie – chez eux, on dit « directeur de recherche » - a affirmé dans « Le Monde » du 29 mars que « Lorsque la police use de la force, c’est qu’elle est faible »… Les hommes du CNRS n’ont jamais entendu dire que « force devait rester à la loi » : si la loi fait ainsi usage de la force, n’est-ce pas, c’est qu’elle est faible ! Et ainsi de suite. On aimerait que les escouades du CNRS affrontent les « jeunes » de 32 ans, multirécidivistes, armés de barres de fer, qui se trouvaient mardi soir gare du Nord. Mais, au fait, cela a déjà eu lieu. Rappelez-vous, c’était l’an dernier à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Une sorte d’école d’élite du CNRS. Une école gardée par des hommes du CNRS ou assimilés. Un soir, ils ont été envahis par de vrais « jeunes » qui ont tout saccagé chez eux. Les gens du CNRS ont mis leurs bonnes idées en action. Tout a explosé. Au bout de douze heures, pas plus, le CNRS a fini par implorer l’arrivée de ces affreux CRS. Par faiblesse, naturellement.

« Une France apaisurne »

Où entendre la voix de Ségolène Royal (la vraie, pas celle d’un quelconque Canteloup) prôner « une France apaisurne », et assurer « Je change la dimension de la présence (…) pour tenir une parole de vériture ? » Où entendre un Nicolas Sarkozy, plus combatif que jamais, assurer à ses partisans en délire : « Je suis lourd de menaces, je suis brutal comme jamais je ne l’ai été » ? Où voir un Philippe de Villiers embrouillé en diable, se lancer dans un délire écologico-apocalyptique sur les abeilles et les petits cailloux ? C’est sur le site de Bruno Candida, un nom de circonstance pour ce comédien qui mime sur internet (http://brunocandida.com/) ces discours détournés, à coups de ciseaux numériques, à partir de paroles authentiques des personnalités en question. Un clonage sonore aux effets zygomatiques redoutables et bien sûr, comme toujours en matière de caricature, moins futile qu’il n’y paraît. Un moyen comme un autre de faire mentir Mirabeau selon qui (il est vrai qu’il en savait quelque chose) l’homme est, comme le lapin, un animal qui s’attrape par les oreilles.

Bayrou devrait relire sa biographie d'Henri IV

A écouter François Bayrou hier soir, interrogé par Gilles Leclerc, difficile de ne pas percevoir le phénoménal accroissement de l’égo de l’éventuel « troisième homme » des élections, gonflé à l’hélium par les sondages. Jusqu’alors le « Béarnais » bénéficiait de la sympathie instinctive que l’on éprouve pour les « petits », pour l’outsider qui commence sa course avec un handicap sérieux. Avec son bégaiement surmonté, sa bonne tête de boursier méritant, il représentait David contre les Goliaths de l’ « establishment ». Hier, sur le plateau de télévision, il apparaissait « sûr de lui et dominateur », incapable d’écouter une autre voix que la voix intérieure qui lui susurre qu’il sera présent au deuxième tour, et peut-être même président. Rabrouant son interlocuteur, vilipendant la presse, brocardant Sarkozy, il témoignait soudain de l’arrogance des puissants, de ces puissants contre lesquels il prétend incarner les revendications des obscurs, des sans-grade et des laissés-pour-compte. Bref, il donnait l’impression de partager avec la Madone du Poitou la même conviction d’être investi d’une « mission » sacrée, et de faire litière de tout ce qui pourrait s’opposer à son irrésistible ascension. Envolées, les belles vertus dont on le créditait volontiers et qui seraient celles du parti centriste : la modestie, la modération, l’équilibre, l’art du compromis… Pour une fois, le recours à l’oxymore s’impose : Bayrou ou l’extrémiste du centre. Décidément, même chez ceux qui devraient en être le mieux préservés, la seule espérance du pouvoir corrompt et fait perdre la tête. Que Bayrou relise donc la biographie d’Henri IV , qu’il a rédigée – lui-même - voici quelques années, pour apprendre l’art et la manière de rassembler un peuple divisé.

Les leçons du Stade de France

Près de 80 000 Marseillaise chantées à plein poumons (avec quelques centaines de O Flower of Scotland). L’affirmation identitaire s’est montrée joyeuse et sans complexe, sans la moindre once de repentance, avec un respect total de l’adversaire : c’était le 17 mars à Saint-Denis, dans l’enceinte du Stade de France, où l’on siffla naguère la Marseillaise lors d’un consternant match de foot France-Algérie. Des spectateurs venus de la France entière ont apporté leur soutien aux Bleus et rendu hommage aux efforts consentis pour arracher la victoire sur l’Ecosse et la première place dans ce Tournoi des six nations. Cet engouement annonce une magnifique Coupe du monde de rugby 2007, accueillie en terre française à partir du 7 septembre prochain. Au moment où les avants français enfonçaient les lignes écossaises, portés par la houle irrésistible de Marseillaise à répétition, enflait la polémique sur la création d’un ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration. Le pays réel rassemblé à Saint-Denis a répondu à sa façon. Je l’ai vu savourer une victoire tricolore et communier dans les valeurs du rugby – volonté de réussite individuelle et esprit d’équipe, sens du combat et respect de l’adversaire. Il a effacé les clameurs de nos banlieues et les frayeurs de nos intellos. La France a toujours eu le secret de ces polémiques idéologiques. Elle en a aussi la quasi exclusivité dans le monde. Ailleurs, on ne s’interdit jamais d’exalter les valeurs et l’identité nationales. Surtout dans les pays les plus prompts à faire tous les reproches à la France.

Relire « Le Camp des Saints »

Lu, cette semaine, dans Libération et Le Monde, qui y ont consacré leur « une » : la création d’un « collectif de cinéastes et de comédiens », sortant un « film-pétition » baptisé « On veut grandir ici » afin de « protester contre les expulsions ». Le but, selon le cinéaste communiste Robert Guediguian : faire reculer le « racisme idéologique » des Français en les confrontant aux témoignages d’enfants de clandestins… pardon de « sans papiers ». Bref, faire, une nouvelle fois, pleurer Margot (les Français) pour obtenir régularisation et droit de vote pour ces immigrés entrés en fraude. « On est en danger, on doit se cacher », dit ainsi l’un douze enfants- tous très mignons - interrogés dans ce film. Nous si riches, eux si malheureux ! Ces intellectuels et artistes engagés (toujours à gauche !) sont décidément indécrottables ! Comment, en les écoutant, ne pas repenser au si pathétique (et en même temps si terrifiant) Jean Orelle « inventé » par Jean Raspail dans le Camp des Saints. Ce journaliste de la gauche-caviar, contraction de tous les combats de la gauche bien pensante. « L’anti-Jeanne d’Arc, écrit Raspail, devenait tour à tour, au gré de ses éditoriaux, ouvrier arabe méprisé, éditeur pornographe poursuivi, metteur en scène censuré, sainte vierge rouge de bidonville, casseur de rue rossé, tyran de bistrot assassiné, terroriste d’université, écolière avortée, directeur de maison de la culture remercié, prophète de la marijuana… » Etc, etc. Mais que leur faut-il donc pour comprendre qu’ils font fausse route ? Jusqu’où la France devra-t-elle encore faire repentance ?

L’exception culturelle est morte à Abu Dhabi

Noël, Noël ! Réjouissez-vous, braves gens : l’Etat vient de trouver, comme par miracle, un milliard d’euros pour renflouer ses caisses (soit environ 1/35e du coût des programmes de Sarkozy et Royal). Renaud Donnedieu de Vabres vient en effet, après des mois de polémique, de signer un accord avec l’émirat d’Abu Dhabi pour la création d’une "antenne" locale du Louvre, grâce à des œuvres louées, pour une durée pouvant aller jusqu’à deux ans, à l’ensemble des musées français – un accord similaire avait déjà été conclu il y a quelques mois, dans la plus grande discrétion, avec la ville d’Atlanta. Il paraît que délocaliser les chefs d’œuvre de nos musées au sein d’une sorte de Las Vegas culturel, installé en plein désert, concourrait au rayonnement de notre beau pays. Cela témoigne surtout de la faillite de nos finances publiques, et de l’incapacité de l’Etat à assumer les charges financières de sa politique culturelle tous azimuts. On avait pourtant cru comprendre que l’exception culturelle, c’était de ne pas considérer les œuvres comme des marchandises. Il faut donc en convenir : l’exception culturelle est morte à Abu Dhabi. Comme, au pays de Descartes, le principe de non-contradiction est mort depuis longtemps, l’Etat mène campagne pour que des donateurs privés lui permette d’acquérir la Fuite en Egypte, afin que cette œuvre de Nicolas Poussin… ne parte pas à l’étranger. On peine à comprendre : les généreux donateurs recevront-ils une assurance écrite que ce tableau ne fera pas partie de ceux prêtés à Atlanta, Abu Dhabi, ou demain à Shanghaï ou Hong Konk ? Et si les œuvres de nos peintres rayonnent plus dans les musées exotiques que sur nos cimaises, pourquoi ne pas en laisser partir un maximum ? Pourquoi d’ailleurs ne pas vendre nos collections plutôt que de les louer ? A coups de Joconde et de Déjeuner sur l’herbe, la dette publique serait vite comblée… PS : on apprend que le nom des émirs signataires, curieusement qualifiés de "donateurs", rebaptisera certaines salles du Louvre et du château de Fontainebleau. Comme si la manne financière évoquée était purement gracieuse, sans contrepartie. Décidément, ce projet bouclé dans la précipitation, avant la présidentielle, est riche en aberrations…

« Non, mais… »

On trouve souvent sur Internet des documents intéressants, pour peu qu’on les cherche. Comme ces lettres envoyées le 3 février à l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL) par les candidats à l’élection présidentielle. Celle de Ségolène Royal est sans surprise : « Je conduirai avec détermination, dit-elle, les réformes portant sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe ». Nicolas Sarkozy, qui souligne « la qualité des travaux » de l’APGL, a pesé tous les termes de la sienne : il propose aux homosexuels un « contrat qui serait signé en mairie et conférerait aux couples l’égalité en matière de droits successoraux, fiscaux et conjugaux ». La différence avec le mariage ? Ce contrat ne permettrait pas aux “couples de même sexe” d’adopter un enfant. Mais, ajoute aussitôt Sarkozy, nous devons admettre que « les familles sont désormais plurielles et qu’elles incluent de plus en plus souvent des tiers de confiance, le beau-parent bien souvent ». Leur relation affective, poursuit-il, doit pouvoir être protégée afin « de faciliter la vie quotidienne de ces familles » et « d’assurer le maintien du lien entre l’enfant et le tiers, notamment en cas de séparation. Sur ces questions, je suis sensible, conclut-il, aux propositions que porte le Défenseur des enfants et GayLib (le mouvement homo associé à l’UMP, NDLR) notamment en matière de mandat d’éducation ou de convention de partage de l’autorité parentale ». Résumons. Pas de mariage, mais un contrat en mairie. Pas d’adoption, mais le partage de l’autorité parentale. Au total, beaucoup d’habileté, pour beaucoup de concessions.

Goulag et liberté

Deux films actuellement sur nos écrans. L’un s’intitule « La vie des autres », l’autre « Je crois que je l’aime ». Leur sujet est le même : de l’emploi de l’espionnage au service d’une aventure sentimentale. Dans « La vie des autres », un ministre de la Culture tombe amoureux d’une comédienne et la fait espionner ; dans « Je crois que je l’aime », c’est un chef d’entreprise qui espionne une artiste parce qu’il en est tombé amoureux. Dans le premier film on est terrifié, dans le second on trouve ça très drôle. Où est la différence ? Les caractères, les micros et les caméras ? On peut certes préférer Sandrine Bonnaire à une actrice allemande inconnue, mais en réalité, c’est bien la situation qui change tout. « La vie des autres » se passe en Allemagne de l’Est en 1985, « Je crois que je l’aime » en France de nos jours. Dans un régime totalitaire comme la RDA, le risque c’est le Goulag, l’oubli, la mort ; dans un régime de liberté, on ne risque que d’être ridicule. Dans un cas le drame, dans l’autre la comédie. La comédie peut toujours virer au drame, l’inverse est plus rare. Il a fallu la chute du Mur pour que ce ne soit plus que du cinéma.

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