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Jargon pédagogiste

C’est un « chantier » auquel s’est attaqué Xavier Darcos dès son arrivée : la réforme des programmes de l’école primaire, qu’il voulait « recentrer » sur les disciplines fondamentales (le français et les maths) et simplifier pour qu’ils soient compréhensibles par tous, bon nombre de parents n’entendant plus rien à ce qu’apprennent leurs enfants. C’est chose faite dans les instructions officielles : les programmes sont clarifiés. Reste que l’édition scolaire n’a pas encore suivi ce mouvement et que la lecture des manuels en circulation laisse pantois. Un exemple ? Le fils d’un de mes amis vient d’entrer en Cours Préparatoire cette année. Son école a choisi une méthode, Super Gafi CP, accompagnée d’un cahier d’exercices. Je ne résiste pas à vous citer un extrait de l’avant-propos de ce cahier : « Les premiers exercices des pages de gauche entraînent à l’automatisation de la prise d’indices auditifs et visuels élémentaires : discrimination de sons et de lettres, reconnaissance de combinaisons de base, maîtrise de la combinatoire, développement de la lecture par voies indirecte et directe… Ces activités vont du simple au complexe puisqu’elles partent du rapport lettre/son pour aller au mot et à la phrase. Elles permettent aux élèves d’atteindre une maîtrise du son telle qu’ils peuvent s’en libérer pour privilégier le sens ». Si quelqu’un y a compris quelque chose, qu’il soit assez gentil pour m’expliquer le sens de ce jargon…

Entre les oreilles

On l’a écrit dans le guide cinéma du dernier VA : “Entre les murs”, le film de Laurent Cantet, est atteint de schizophrénie galopante. D’un côté, un constat assez réaliste, celui de profs condamnés, dans certains établissements “difficiles”, à s’épuiser en négociations permanentes pour obtenir de leurs élèves quelques minutes d’attention – où, aussi, est forte la tentation, pour y parvenir, de s’abaisser au niveau des élèves, de leurs approximations, de leur jargon, de leur confusion mentale. De l’autre, un constat quasi idyllique, où finalement, à une ou deux exceptions près, les élèves, contents de leur année, en ont appris beaucoup plus qu’il n’y paraissait, assez savants même pour réinventer “la République” de Platon avec leurs mots à eux. Comme cette conclusion irénique n’occupait que les dix dernières minutes du film, on pensait naïvement que les commentaires allaient davantage s’attarder sur les deux heures qui précédent. Mais à lire la déferlante d’optimisme des critiques parues dans la presse, on se demande si nos confrères ne sont pas arrivés dix minutes avant la fin. De “Libé” qui y voit un apprentissage de la démocratie et la description d’« une institution en état de marche », au “Monde”, qui y reconnaît une moderne leçon de maïeutique, en passant par “l’Express”, où Daniel Pennac y trouve une parfaite illustration de l’art d’enseigner, ou “Télérama”, qui y voit surtout un « feu d’artifice de la langue » – il n’y a pas jusqu’au metteur en scène lui-même, dont on finit par se demander s’il a vu son film, qui ne l’interprète comme une réfutation du « fantasme » sur la faillite de l’école. Alors qu’“Entre les murs” est au contraire symptomatique, à l’évidence, de l’impossibilité d’enseigner dans un système où la négociation et la séduction ont remplacé l’éducation, où l’autorité a disparu devant l’égalité, où, comme le montre excellemment Jean-Noël Dumont dans une tribune du “Figaro”, la règle n’est plus posée, mais sans cesse réinventée. Quoi qu’en pensent tous les sectateurs obséquieux du monde tel qu’il ne va pas, la pédagogie décrite et proposée, par “Entre les murs”, condamne les élèves à sortir de l’école sans avoir grand-chose entre les oreilles. Et à être les éternelles victimes de ceux qui les condamnent, par démagogie ou conservatisme, à la médiocrité.

Benoît XVI et la souffrance

Pourquoi ne pas l’avouer ? Ce fut un grand bonheur de suivre in extenso cette visite pontificale. Quelques jours plus tard, je reste marqué par l’intense recueillement que le pape a su inspirer à ces foules immenses, par le silence contemplatif de ces centaines de milliers de personnes méditant les homélies de Benoît XVI ou adorant avec lui l’Eucharistie. Impressionné aussi par l’attention que tous ceux rencontrés pendant ces quatre jours, quelle que soit leur origine, leur formation intellectuelle ou leur âge, ont déployée pour pénétrer la pensée si profonde de ce pape. On était là bien loin des polémiques sur les charismes comparés de Jean-Paul II et de Benoît XVI : pour reprendre un cliché médiatique récurrent, personne n’était venu acclamer un “chanteur”, tous étaient bien là pour entendre la “chanson”, s’en imprégner le plus possible. Cette parole si dense continue de cheminer, bien longtemps après, dans le silence des cœurs et des âmes. Parmi ses innombrables richesses, une réflexion sur la souffrance. « Miracle de Lourdes » oblige, Nicolas Sarkozy l’a évoquée à l’Elysée, en une phrase rarement relevée, mais qui aura son importance dans les débats bioéthiques à venir : « C’est parce qu’il y a la souffrance et la capacité à la surmonter que l’homme prouve sa dignité première. » A Lourdes, le pape lui a fait écho : « Dans le sourire de la plus éminente de toutes les créatures (la Vierge Marie), tournée vers nous, se reflète notre dignité d'enfants de Dieu, cette dignité qui n'abandonne jamais celui qui est malade. Ce sourire, vrai reflet de la tendresse de Dieu, est la source d'une espérance invincible », a-t-il dit peu avant d’administrer le sacrement des malades, ce sacrement qui « consiste à accueillir en soi le Christ médecin ». Et le pape de préciser : « Cependant, le Christ n'est pas médecin à la manière du monde. Pour nous guérir, il ne demeure pas extérieur à la souffrance éprouvée ; il la soulage en venant habiter en celui qui est atteint par la maladie, pour la porter et la vivre avec lui. La présence du Christ vient rompre l'isolement que provoque la douleur. L'homme ne porte plus seul son épreuve, mais il est conformé au Christ qui s'offre au Père, en tant que membre souffrant du Christ, et il participe, en Lui, à l'enfantement de la nouvelle création. » Permettre au malade d’être non plus, comme le prétendent les partisans de l’euthanasie, un être diminué au point de se trouver privé de sa dignité, mais l’artisan de l’avènement d’un monde nouveau : ça n’est pas la moindre des révolutions qu’est venu apporter le christianisme.

Benoît XVI et les belles endormies

C’est une tâche difficile (on dirait impossible si l’on ne savait qu’impossible n’est pas chrétien) qui attend Benoît XVI à l’occasion de son premier et bref séjour en France, du 12 au 15 septembre : réveiller deux belles endormies, au sommeil qui semble d’une profondeur inatteignable. L’Eglise de France, tout d’abord, menacée d’un « effondrement », dit-on à Rome (au rythme actuel des ordinations, elle ne comptera plus que 5 000 prêtres dans dix ans), et qui ne semble pas toujours s’en aviser, une bonne part de sa hiérarchie continuant à gérer la faillite comme si de rien n’était, malgré les bonnes volontés qui fleurissent dans les nouvelles générations. N’est-ce pas Mgr Le Gall, évêque de Toulouse et chargé au sein de la conférence épiscopale des questions liturgiques, qui déclarait il n’y a pas si longtemps qu’il n’y avait pas de crise liturgique en France, et que le motu proprio promulgué par le Saint-Père n’y était pas souhaité ? N’est-ce pas Mgr Vingt-Trois qui, dans une récente interview au “Monde”, récuse le terme d’ « effondrement », auquel il préfère celui, certes plus flatteur, de « mutation » ? N’est-ce pas Mgr Brunin, évêque d’Ajaccio, qui expliquait récemment à ses paroissiens qu’il ne souhaite plus accueillir de prêtres extérieurs au diocèse, préférant former les laïcs aux « responsabilités ecclésiales » ? L’autre belle endormie, c’est la France, qui a oublié l’apport décisif que le christianisme a apporté à son identité. Aux « catholiques fatigués » dont parle Mgr Rey dans l’interview accordée à “Valeurs actuelles” de cette semaine, Benoît XVI conseillera sans doute, comme il l’a fait ces jours dans un SMS envoyés aux participants des JMJ de Sidney, de se laisser « rajeunir par l’Espérance ». Aux jeunes catholiques soucieux de nouvelle évangélisation, il tentera d’insuffler la force de « vivifier l’Eglise ». Aux autres, le pape devrait rappeler, dans la foulée de Ratisbonne, que la sagesse chrétienne a fondé leur liberté et que ce n’est que par elle qu’ils atteindront la vérité. A tous, il tâchera de présenter un visage, une personne qui est source de vie et chemin de salut. Ce n’est pas en chef d’Etat, même s’il en a le titre, que Benoît XVI vient visiter les Français : c’est en ambassadeur, en ambassadeur du Christ.

L’opposition dans les têtes

« Sarkozy sans opposition ? », interroge Eric Branca dans Valeurs actuelles de cette semaine. D’un point de vue tactique ou organisationnel, l’opposition n’est en effet guère à la fête ces temps-ci : morcelée, inaudible, empêtrée dans ses contradictions internes, achetée en partie à coups de missions et de faveurs diverses… Pourquoi, alors qu’elle est si affaiblie, faut-il donc que la majorité continue à faire tant de concessions à ses idées et à ses fausses valeurs ? De subtils stratèges objecteront que c’est justement la reprise par la droite de ses arguments qui, coupant l’herbe sous le pied de la gauche, la réduit à néant… Mais où est l’intérêt ? A quoi sert de ratiboiser l’opposition si c’est pour lui céder sur le fond (si ce n’est de se maintenir au pouvoir, préoccupation dont on n’ose croire qu’elle soit la seule motivation de nos chers gouvernants…) ? De cette servitude volontaire de la droite, on a un exemple sur le terrain économique, avec le financement du RSA par une taxation supplémentaire de l’épargne qui, David Victoroff le notait ici même, vise à se faire pardonner le « cadeau fait aux riches » qu’aurait constitué le bouclier fiscal. Mais on pourrait en trouver des exemples dans tous les domaines, de l’éducation – avec les consternantes déclarations de Xavier Darcos voyant dans la « lutte contre l’homophobie » un « enjeu essentiel » de l’école – à la politique familiale – ou plutôt à son absence – en passant par la culture, où la rupture est à ce jour rigoureusement invisible, même aux microscopes les plus subtils. L’opposition n’est peut-être plus dans les assemblées ou dans les rues, mais elle est encore solidement nichée dans les cerveaux des princes qui nous gouvernent.

Squats à Versailles et à Fontainebleau

Dans le château de Versailles, c’est un homard géant, en inox gonflable, qui squattera le salon de Mars à partir du 10 septembre (voir notre article dans VA du 17 juillet dernier). A Fontainebleau, dès le 6 septembre, c’est un chat crevé, lui aussi gonflé à l’hélium (décidément très tendance), que vous trouverez blotti sous le plafond d’une des salles du château. Contrairement aux apparences, ces squatteurs d’un genre nouveau ne ressortissent pas du canular, ou d’une intervention d’un groupe terroriste d’un genre nouveau. Ou plutôt si, car ce gonflage d’animaux en tous genres relève bien d’un attentat mené par le “canul’art” contre l’art véritable, d’une attaque terroriste contre la beauté, commise par ceux-là mêmes qui s’autoproclament artistes, avec la complicité de ceux qui se devraient par fonction d’être des conservateurs, j’ai nommé les dirigeants de nos grands musées et monuments historiques, en tête desquels Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture qui a roqué le château de Versailles avec Christine Albanel. C’est ainsi que Jeff Koons, baptisé “artiste baroque” sous prétexte qu’il fait n’importe quoi, envahit le palais de Louis XIV pendant trois mois, et que les collections du palais de Tokyo occuperont le château de Fontainebleau deux mois durant. Dévoilant sa nature totalitaire, mise en évidence par Christine Sourgins dans les Mirages de l’art contemporain (La Table ronde), l’art contemporain ne veut plus se contenter des innombrables musées qui lui sont consacrés, il faut désormais qu’il aille forcer le public jusque dans les endroits où l’amateur d’histoire de l’art et de véritable beauté pensait pouvoir en être préservé. Il est vrai que les tenants de cette esthétique archaïque, et pour tout dire réactionnaire et artistophobe, ne méritent guère le respect, à en croire la multiplication de ce genre d’opérations. Mais foin de ces demi-mesures : à quand une bonne révolution culturelle pour dessiller les yeux des petits-bourgeois qui s’obstinent à ne voir que de la puérilité et de l’imposture dans le bestiaire de Koons, les cahiers d’écriture de Ben ou les écrabouillages de César ? A quand des descentes de police chez les particuliers pour s’assurer que leurs murs respectent la parité citoyenne et la mixité esthétique entre œuvres du passé et barbouillages modernes ? Il ne faut plus tarder ! Les réactionnaires du beau à la lanterne ! Le bon goût ne passera pas !

Parachutes

La décision de la présidente du Medef de sauter en parachute sur l’Ecole polytechnique à l’occasion de la prochaine université d’été est en accord parfait avec le thème choisi cette année : voir en grand. Bien sûr, en prenant de la hauteur, on commence par voir les choses plus petites qu’elles ne sont en réalité. Mais, au fur et à mesure que l’on tombe de haut, elles apparaissent de plus en plus grandes jusqu’au choc final. Il est vrai aussi que l’auteur de « Besoin d’air » ne pouvait trouver meilleur endroit pour un bol d’oxygène qu’au dessus des nuages et de la couche d’ozone. Et puis, rien ne ressemble davantage à la création d’entreprise qu’un saut dans le vide, les subventions servant de parachute. Rien à voir donc, comme on n’a pu lire ici ou là avec la symbolique des parachutes dorés, tant appréciés des patrons. Ainsi la patronne d’Alcatel, Patricia Russo, partira-t-elle avec plus de 6 millions d’euros, mais le cours de l’action est tombé, lui, sans parachute, depuis l’annonce de la fusion franco-américaine, il y a deux ans.

Décalage

Pour une fois, difficile de ne pas être d’accord avec Libé de ce jour, même si on n’en tire pas les mêmes conclusions : comment ne pas relever la contradiction entre la volonté affichée par Nicolas Sarkozy d’extrader vers son pays une ancienne terroriste italienne, ce qui est aussi conforme à la bonne politique qu’à la justice et à l’état de droit, en même temps qu’il continue à proposer l’accueil en France des membres des Farc ? Personne ne le lui demande, et surtout pas les Colombiens, qui ont un programme de réinsertion des terroristes repentis qui a largement fait ses preuves. Un signe de plus de l’incompréhension française de la situation colombienne, qui a condamné à l’échec toutes les initiatives de Paris dans l’affaire Betancourt. Autre signe de ce décalage, qui confine au choc des cultures : on se souvient du tollé suscité en France par les déclarations, pourtant pas révolutionnaires, de notre président au Latran sur les racines chrétiennes de la France et l’apport des catholiques à l’esprit public. On comprend donc la surprise et l’embarras qui ont saisi les bonnes consciences de gauche quand elles ont vu leur icône absolue, à peine descendue de l’avion qui la ramenait de la jungle colombienne, se mettre à genoux à même le tarmac pour remercier la Sainte Vierge. Encore les médias français avaient-ils passablement occulté les déclarations du président Uribe, lequel avait salué « cette opération qui s'est déroulée à la lumière du Saint Esprit et a été placée sous la protection de Notre Seigneur et de la Vierge ». Le jour où un président de la République française saluera une intervention de l’armée française par une déclaration de cette eau-là, alors oui, les intégristes de la laïcité auront du souci à se faire. On en est assez loin.

La Grande Muette

La démission du général Bruno Cuche, chef d’état-major de l’armée de terre, après la dramatique bavure de Carcassonne, est tout à son honneur et à celui de l’armée. A l’inverse de certains grands patrons qui s’accrochent désespérément à leur siège, leurs stock-options ou leur golden parachute, après avoir conduit leur entreprise à l’accident industriel, voir un chef militaire assumer le poids d’un manquement auquel, à l’évidence, il n’a eu personnellement aucune part, témoigne avec éclat du fait que l’armée est bien aussi, entre autres qualités, un précieux conservatoire de valeurs en perdition telles que le sens de l’honneur et de la responsabilité. Ça n’en rend que plus irritante la désinvolture avec laquelle, depuis bien longtemps mais avec une intensité croissante, nos politiques la traitent. Certes, la culture du mépris, qui semble désormais tenir lieu de sens politique au sommet de l’Etat, ne leur est pas exclusivement réservée : hier, c’étaient les magistrats qui étaient comparés à des « petits pois », aujourd’hui les militaires que l’on veut faire passer pour des « amateurs » – demain qui ? Mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a dans la violence des reproches présidentiels une agressivité particulière vis-à-vis d’une profession dont les valeurs dominantes – esprit de sacrifice et désintéressement – ne sont pas, c’est le moins qu’on puisse dire, dans l’air du temps. Comme paraît singulièrement disproportionnée la hargne élyséenne contre les signataires anonymes, sous le pseudo de “ Surcouf”, d’une tribune du Figaro critiquant le livre blanc – comme s’il était illégitime que des militaires s’expriment sur des choix qui engagent leur existence, au sens le plus concret du terme. Si nos soldats doivent être les éternels sacrifiés des choix budgétaires, pour la seule et simple raison qu’on sait bien qu’ils ne se mettront pas en grève pour protester et qu’ils ne prendront même pas la parole pour émettre des réserves sous peine de sanctions, alors il semble qu’on doive se poser la question : n’est-il pas temps d’en finir avec le sacro-saint “devoir de réserve” ? Si l’on veut éviter une hémorragie de cadres allant chercher ailleurs la reconnaissance et la considération que l’Etat leur refuse, n’est-il pas temps de redonner la parole à la Grande Muette ?

Mères porteuses : un projet à risques

Verra-t-on, un jour, le ministre de la Famille, en France, porter l’enfant d’une autre « par altruisme », évidemment ? L’hypothèse n’est pas à exclure, si l’on en croit Nadine Morano, secrétaire d’État à la Famille : « Si demain, ma nièce ou ma fille avaient un problème de stérilité avéré et qu’elles me demandaient de porter leur enfant, franchement, je le ferais », a-t-elle déclaré dans un entretien à Radio Notre-Dame. Ce propos fait suite à la présentation, mardi dernier, d’un rapport du Sénat sur les mères porteuses, habilement rebaptisée « maternité pour autrui ». Cette commission sénatoriale, présidée par Michèle André, ancien ministre socialiste, propose de légaliser cette pratique, à condition qu’elle soit strictement encadrée. Qui peut croire, sérieusement, que les limites posées ne voleront pas rapidement en éclats ? La loi dépénalisant l’avortement posait que l’IVG devait rester une exception : l’Insee en dénombre 220 000 chaque année. La loi sur le Pacs précisait qu’il ne pourrait être signé qu’au tribunal, or Madame Morano s’est récemment prononcée pour sa signature en mairie. Quand la loi de bioéthique fut adoptée, elle n’autorisait les recherches sur l’embryon que « par dérogation » ; on envisage aujourd’hui de faire sauter ce verrou quand elle sera révisée, l’an prochain. S’agissant de la « gestation pour autrui », les sénateurs précisent que la mère porteuse ne serait pas rémunérée mais seulement dédommagée. Une curieuse nuance qui risque fort de déboucher, à terme, sur un commerce d’enfants qui ne dira pas son nom. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, s’est déclaré « résolument hostile » à la légalisation des mères porteuses dans Valeurs Actuelles. En admettant même que cette limite soit respectée, peut-on réduire l’enfant au rang de simple « projet parental » ? En d’autres termes, un enfant est-il seulement conçu pour satisfaire le désir de ces parents ?

Une taxe télé même pour ceux qui n’en ont pas !

Le rapport de la Commission sur l’audiovisuel public a donc été remis à Nicolas Sarkozy. Ouf, les contribuables ne seront pas (une nouvelle fois) mis à contribution par une augmentation de la redevance audiovisuelle… Du moins directement… Pour donner aux chaînes publiques « les moyens nécessaires au recentrage de la ligne éditoriale sur le mieux disant culturel », les chaînes privées vont se voir taxer de 3 % sur leurs recettes publicitaires (une centaine de million d’euros) tandis que les opérateurs de téléphonie mobile et les fournisseurs d’accès à Internet devront verser à l’Etat 0,9 % de leur chiffre d’affaires, soit 400 millions d’euros chaque année. En toute logique, les opérateurs de téléphonie mobile et les fournisseurs d’accès répercuteront cette taxe sur leurs abonnés. Selon la Fédération française des télécoms, cela devrait représenter pour un foyer, un surcoût annuel d’abonnement de 12 euros. La redevance se montant à 116 euros, l’augmentation sera donc de 14 % ! Compte tenu du taux de pénétration de la téléphonie mobile en France, tout le monde sera touché par l’augmentation de l’abonnement, même ceux qui n’ont pas de téléviseurs…

Marie-Antoinette et les 35 heures

Hier soir au Grand Palais pour visiter avec quelques amis l’exposition Marie-Antoinette, avant qu’elle ne s’achève le 30 juin. La difficulté à se libérer du travail, quelques retards et bavardages préliminaires : nous ne commençons effectivement la visite qu’à 20 h 30, ce qui devrait nous laisser tout de même une heure et demie, l’exposition fermant théoriquement ses portes à 22 heures. Mais dès 21 h 30, alors que nous sommes loin d’avoir tout vu, les gardiens de l’expo commencent à nous intimer, de manière insistante, d’avoir à nous préparer à « l’évacuation ». De minute en minute, l’insistance se fait plus pressante, empêchant toute concentration sur les œuvres exposées, jusqu’à ce que, un quart d’heure avant la fin de l’exposition, se forme une ligne de gardiens, genre CRS prêts à charger des manifestants, qui s’avance pour pousser les visiteurs vers la sortie ; ne manquent que les piques et les bonnets phrygiens, mais on sent chez certains de ces sbires des envies de nous envoyer à la lanterne, des fois qu’on leur ferait dépasser d’une minute ou deux leurs 35 heures de travail hebdomadaire. L’agressivité du procédé donne lieu à quelques prises de bec avec des visiteurs qui ont tout de même acquitté 10 € pour être traités comme du bétail, et parasite sans vergogne l’émotion d’une dernière salle qui retrace avec recueillement les années de captivité et l’agonie finale. De la douceur de vivre de l’Ancien Régime à la goujaterie organisée de nos sociétés égalitaires, la chute est on ne peut plus brutale – mais fort pédagogique.

Virginité

L’affaire de l’annulation du mariage entre deux musulmans par le TGI de Lille n’en finit pas de faire couler l’encre, dans des directions fort diverses. Il y a ceux qui voient dans ce jugement une victoire implicite de la charia, l’introduction subreptice dans nos raisonnements juridiques de critères étrangers à notre culture et à nos mœurs. Il y a ceux qui approuvent le tribunal, qui n’aurait fait qu’appliquer la loi, le consentement des époux étant objectivement faussé par la tromperie de l’épouse qui avait frauduleusement prétendu être vierge (si l’on refuse d’annuler un mariage fondé sur une tromperie manifeste, disent-ils notamment, pourra-t-on encore, demain, annuler un mariage où l’un des conjoints aurait dissimulé à l’autre son homosexualité ?) Il y a les féministes enragées, pour qui la notion même de virginité semble être une inexpiable atteinte aux droits des femmes. Et Roselyne Bachelot, qui tient, elle, le mensonge pour « un droit fondamental de l’être humain » – et bien sûr de la femme (« Il faut s’amuser à mentir aux femmes, on a l’impression qu’on se rembourse », disait Guitry). Une femme politique qui prend publiquement la défense du mensonge, est-ce bien prudent ? Les Français pourraient se prendre à rêver d’appliquer le jugement de Lille aux politiques, et de faire annuler certaines élections pour cause de mensonge avéré du candidat – à commencer ceux qui se sont targués, pendant la campagne, de posséder une virginité politique que leur comportement aux affaires a eu tôt fait de démentir.

La vignette Borloo

A peine les marins pêcheurs sont-ils rentrés de Bruxelles après avoir tout cassé sans obtenir quoi que ce soit pour leur bateau, voilà Borloo qui veut matraquer leur quatre-quatre ! On lui prête l’intention faire payer tous les ans le malus écologique actuellement payable seulement une fois lors de l’achat d’un véhicule prétendument polluant. Oh ! Bien sûr, le gouvernement avance prudemment sur cette question. Mais le projet mûrit dans les ministères, ne serait-ce que pour financer le bonus accordé pour l’achat de véhicules sobres, paraît-il ruineux pour les caisses de l’Etat (qui, comme chacun le sait, sont vides). Si un tel projet voyait le jour, la vignette supprimée par Laurent Fabius se trouverait ainsi rétablie par la droite. Les familles nombreuses qui ont besoin de plus gros véhicules que les célibataires se verraient encore plus pénalisées Peut-être faut-il y voir un moyen de leur reprendre l’argent qu’on a été obligé de leur laisser en renonçant à supprimer la carte famille nombreuse pour les voyages en train.

Du refus de Dieu à la négation de l’homme

Encore des profanations ! Près de 250 tombes vandalisées dans le cimetière d’Elne (Pyrénées-Orientales). Des crucifix descellés et renversés, des inscriptions sur les pierres tombales : « Satan » ou « 666 », le chiffre du diable. Des pots de fleur ont été brisés, « une quarantaine de tombes ont été littéralement mises sans dessus dessous », rapporte un photographe de l'AFP. « Dans cette affaire, on ne relève aucune connotation de type raciste ou antisémite », a dit aussitôt la préfecture. Déclaration pour le moins maladroite, qui laisse à penser qu’il y aurait un degré dans l’abjection, comme si la douleur des familles, dans ces circonstances, n’était pas la même, quelle que soit leur confession. Michèle Alliot-Marie a demandé que « toute la lumière soit faite » sur cette affaire. Selon les gendarmes, il ne s'agit « pas d’un coup de folie de quelques jeunes gens » mais d'un acte prémédité. « Les agressions contre les lieux de culte, notamment les vols, se multiplient dans le département ces dernières années. Les satanistes sont très actifs », souligne le père Vernoy, qui organisera, jeudi soir, une cérémonie de réparation. Il ne suffit pas de s’indigner, ni même de punir les coupables. Il faut aussi se demander comment nous en sommes arrivés là. Interrogé le 1er juin 2007 (il y a un an) dans Valeurs Actuelles, Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, pointait la responsabilité, dans la répétition de ces profanations, « de réseaux actifs, animés par une idéologie de refus de la foi chrétienne et des signes religieux qui assurent sa visibilité. Ces actes s’inscrivent dans un contexte de négation du religieux », dont on trouve aussi la trace dans la législation. Et Mgr Rey de prévenir : « Le refus de Dieu conduit ultimement à la négation de l’humain, et le refus de la transcendance au totalitarisme. La folle prétention de la société postmoderne à vouloir atteindre le ciel par ses propres ressources n’est pas sans rappeler l’histoire de Babel avec, pour conséquence, la confusion, la dispersion et, enfin, le déclin de l’humanité ».

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