Accueil | Société
     |

L’art contemporain et la “vox populi”

Visite, il y a quelques jours, au Collège des Bernardins pour jeter un œil à son exposition inaugurale, du plasticien italien Claudio Parmiggiani. Un œil suffit largement, vu la pauvreté de “l’œuvre” exposée : des parois de verre fracassées, des cloches entassées, une bibliothèque dont on comprend, en lisant le dossier de presse, qu’elle est censée être la proie des flammes. Tout cela censé établir un “discours” – une fois encore d’une affligeante pauvreté – sur « la destruction et l’oubli ». A en croire les commentaires sur le livre d’or, cela mérite surtout l’oubli : « vandalisme », « saccage », « nullité » et « imposture » sont les mots qui reviennent sans cesse, manifestant une quasi unanimité de visiteurs d’autant plus choqués que ce fatras prétentieux jure péniblement avec un lieu superbe, et dont on avait cru comprendre que, du moins dans l’esprit de son initiateur le cardinal Lustiger, la vocation n’était pas de se conformer au gloubi-boulga aujourd’hui de saison – fût-il saupoudré de parmesan. Pourtant, y avait-il un lieu plus approprié que le collège des Bernardins pour qu’en matière d’art contemporain, la “vox Dei” se fasse – enfin ! - l’écho de la “vox populi” ?

L’euthanasie en échec ?

Le pire n’est pas toujours sûr. Alors que Nicolas Sarkozy avait tenu durant sa campagne présidentielle des propos ambigus et inquiétants sur le sujet, le rapport Leonetti, remis aujourd’hui au premier ministre, concluant sa mission d’évaluation de la loi sur la fin de vie, préconise le statu quo et exclut d’introduire en France l’exception d’euthanasie. Malgré de récurrentes tentatives de chantage à l’opinion – voir l’affaire Sébire –, le gouvernement semble désormais décidé à tenir bon sur la question, comme le laissaient présager les déclarations du président de la république recevant Benoît XVI à l’Elysée : « C’est parce qu’il y a la souffrance et la capacité à la surmonter que l’homme prouve sa dignité première », déclarait-il alors, en allusion au principal argument des défenseurs de l’euthanasie. Mais ne nous y trompons pas : ceux-ci n’ont nullement l’intention de relâcher la pression. Laurent Fabius s’apprête à déposer une proposition de loi pour légaliser l’aide active à mourir ; membre de la commission Léonetti, le député PS Gaëtan Gorce continue, dans « le Monde » du 3 décembre, à plaider pour l’exception d’euthanasie ; député du Nouveau Centre et lui aussi membre de la commission, Olivier Jardé n’hésite pas quant à lui à réclamer le droit de faire mourir « par sédation » les grands prématurés, dont il s’arroge le droit d’estimer que leur vie « n’a même pas commencé » et qu’ils représentent « un projet de vie inacceptable » ! Dans les débats bioéthiques qui vont occuper l’année 2009, souhaitons que nos dirigeants s’inspirent de la fermeté du grand duc Henri de Luxembourg, qui refuse actuellement de signer une loi légalisant l’euthanasie. Afin que jamais personne, politique, médecin, ou même membre de la famille, ne soit jamais en position de décréter à notre place ce qu’est un « projet de vie inacceptable ».

Silence complice autour d’une religieuse victime de l’insécurité « ordinaire »…

C’est un petit article en bas de la page 13 du « Parisien » de mardi : « Violence : une religieuse décédée après le vol à l’arraché de son sac à main ». L’affaire, qui s’est déroulée à L’Haÿ-les-Roses, dans le Val de Marne, remonte à samedi (3 jours plus tôt !) et personne n’en a parlé – surtout pas la télévision. L’histoire est pourtant « exemplaire » et « vendeuse » comme on pourrait le dire avec cynisme. Cette religieuse de 74 ans, tombée au sol après s’être fait dérober son sac, est morte quelques heures plus tard à l’hôpital. Victime, manifestement, d’une bande de jeunes terrorisant le quartier. La bonté, l’innocence et la fragilité sacrifiées ! Je suis accablé – et ulcéré.

Trois questions : 1. Pourquoi les télévisions ont-elles passé cette information sous silence ? 2. Pourquoi le gouvernement – et le chef de l’Etat, autrefois spécialiste de ces « effets de manche » – n’ont-ils pas eu un mot pour cette malheureuse et ne se sont-ils pas déplacés ? 3. Qui a intérêt, et pourquoi, à cacher la réalité aux Français ? C’est la France entière qui devrait être présente à ses obsèques. Elle sera seule, ou presque. Comme le jour où elle s’est faite agresser…

So-ro-ri-té !

Heureusement que l’irruption des femmes en politique, selon les tenants de la parité, était censée nous apporter un peu de tendresse dans un monde de brutes, sinon qu’est-ce que ça aurait été ! Ségolène Royal voulait un parti joyeux : c’est réussi. A côté de la violence de l’affrontement Aubry-Royal, la lutte inexpiable entre Sarkozy et Villepin ressemble à une longue lune de miel, la haine entre Chirac et Sarkozy à une partie de pétanque un peu disputée, les rivalités au sein de l’UMP à des facéties de jeunes chiots. On devrait pourtant le savoir depuis Margaret Thatcher, et les militants de l’IRA ou les syndicalistes du charbon peuvent en témoigner : la féminité en politique n’est pas incompatible avec la compétence ou la détermination, mais elle n’est en aucun cas une garantie de douceur et de bénignité, et la sororité n’est pas plus tendre que ne le fut, sous la Révolution française, le règne de la Fraternité. Et d’autant plus facilement que, comme on le voit bien avec Ségolène Royal, elle porte la politique sur le terrain des sentiments et de la morale. Car, lorsqu’on s’identifie au Bien, au Progrès et à la Fraternité, toute critique portée contre vous ne peut être qu’une infamie, toute opposition un coup bas, et toute défaite électorale le fruit d’une immonde tricherie – Ségolène Royal, en renonçant à contester formellement l’élection de sa rivale, ne s’est-elle pas félicitée d’avoir pu convaincre la moitié du parti « et même plus », ce qui, en bon français, ne peut vouloir que dire qu’on lui a volé sa victoire ? Aussi est-ce en toute Fraternité qu’on traitera ses adversaires des pires noms d’oiseaux et, au nom de la Joie, on mettra le pays à feu et à sang, en toute bonne conscience. Les partisans de Ségolène Royal croient défendre une assistante sociale ou une Mère courage : c’est sous la bannière d’une Médée, furieuse et enragée, qu’ils combattent en réalité.

Deseperate house(PS)wife !

C’est un inédit du célèbre feuilleton américain auquel nous assistons depuis samedi dernier. Mais contrairement à l’original, celui-ci est diffusé simultanément sur toutes les chaînes de télévision et les radios périphériques françaises. Martine et Ségolène ainsi que leurs porte-paroles s’y bousculent pour faire entendre leurs récriminations, dénoncer la tricherie (dans les camps adverses) et demander un nouveau vote car le résultat n’est pas celui escompté. Bel exemple donné par ces parangons de la moralité : généralement ils sont les premiers à donner des leçons de démocratie à la majorité, mais ils nous montrent surtout, à moins que je sois très naïf, qu’au Parti socialiste, la démocratie est à géométrie variable.

La Passion de Mesrine

De loin, on ne voit que ça. La photo d’une tête suppliciée, dévorée par la barbe, du front de laquelle perle une goutte de sang, comme d’une couronne d’épines. Le Christ, à coup sûr. D’autant que la pose, de profil, et le regard, dirigé vers le bas, évoquent immanquablement le dernier film en date sur la Passion du Christ, celui de Mel Gibson. Le Christ donc. Erreur : c’est de Mesrine qu’il s’agit, sous les traits de Vincent Cassel. Bien que le metteur en scène et l’acteur se soient répandus, à longueur d’interview, sur leur volonté de ne pas glorifier le criminel, l’intention de l’affiche n’est pas douteuse de le présenter en victime expiatoire de la violence étatique et de la répression policière. Comme n’est pas douteux le cynisme répété de ces artistes et publicitaires qui ne perdent pas une occasion de proclamer le mépris qu’ils éprouvent pour le christianisme (quand ce n’est pas de la haine), mais que ça n’empêche nullement d’y puiser quand l’imagerie catholique, détournée de son sens, instrumentalisée et désacralisée, peut leur permettre de remplir leur tiroir-caisse. Avant de voir cette affiche, j’avais plutôt de l’indifférence pour ce film mi-chèvre mi-chou. Bravo aux génies du marketing qui ont réussi à transformer cette indifférence en franche antipathie.

Sous les cocotiers !

Charles Milhaud, l’ancien président de la Caisse nationale d’épargne, a dû renoncer à son poste à la suite d’une fraude qui a coûté aux Caisses d’épargne 750 millions. Il est parti sans indemnité. Nous avons appris quelques jours plus tard qu’il conservait la présidence d’Oceor, filiale de l’Ecureuil qui regroupe des établissements en Nouvelle-Calédonie, à Tahiti, à l'Ile Maurice, à Saint-Pierre-et-Miquelon, à la Réunion, dans les Antilles, au Luxembourg, en Tunisie et au Maroc. Pour calmer les inquiétudes soulevées par cette information, Oceor a précisé que Charles Milhaud n’aurait pas de fonctions exécutives, autrement dit qu’il n’aurait pas grand-chose à faire. Gageons cependant que la surveillance de ces établissements nécessitera quelques déplacements, sans doute fatigants, mais pas sans agréments. Pas de parachute, mais un transat doré.

Save the date for the Académie !

C’est une épidémie qui, depuis environ un an, ne cesse de faire des ravages : les traditionnelles mentions « A vos agendas ! » ou « Réservez cette date » qui accompagnaient les communiqués de presse et autres invitations à des vernissages ou à des conférences de presse se sont volatilisées au profit d’un universel et barbaresque « Save the date ». Si une telle unanimité dans le conformisme anglo-saxon et l’aplatissement langagier n’étonne guère, provenant du milieu particulièrement moutonnier des attachés de presse, on doit confesser un singulier abattement lorsqu’un courrier électronique vous enjoint de « save the date » pour la remise d’un prix décerné par… l’Académie des beaux-arts. Même si, en l’occurrence, le coupable semble être le service de communication du mécène de ladite manifestation, à savoir Fimalac, voir les locataires de l’Institut se prêter, même par ce biais détourné, à pareil escamotage de la langue française, a quelque chose de particulièrement désolant. Comme s’il signalait un universel consentement, y compris de ceux qui devraient être ses ultimes défenseurs et illustrateurs, à une humiliation généralisée de notre langue à coups de jargon publicitaire qui l’ignore, de logiciels informatiques qui la martyrisent (qui se soucie que désormais, grâce à l’informatique, les césures en fin de ligne se pratiquent à l’anglo-saxonne, c’est-à-dire n’importe où dans le mot ?), de branchitude à deux sous. On sait qu’en médecine, tout traitement est inutile quand le patient n’a plus la volonté de survivre. Est-il encore utile de se pencher au chevet de la langue française ?

Jargon pédagogiste

C’est un « chantier » auquel s’est attaqué Xavier Darcos dès son arrivée : la réforme des programmes de l’école primaire, qu’il voulait « recentrer » sur les disciplines fondamentales (le français et les maths) et simplifier pour qu’ils soient compréhensibles par tous, bon nombre de parents n’entendant plus rien à ce qu’apprennent leurs enfants. C’est chose faite dans les instructions officielles : les programmes sont clarifiés. Reste que l’édition scolaire n’a pas encore suivi ce mouvement et que la lecture des manuels en circulation laisse pantois. Un exemple ? Le fils d’un de mes amis vient d’entrer en Cours Préparatoire cette année. Son école a choisi une méthode, Super Gafi CP, accompagnée d’un cahier d’exercices. Je ne résiste pas à vous citer un extrait de l’avant-propos de ce cahier : « Les premiers exercices des pages de gauche entraînent à l’automatisation de la prise d’indices auditifs et visuels élémentaires : discrimination de sons et de lettres, reconnaissance de combinaisons de base, maîtrise de la combinatoire, développement de la lecture par voies indirecte et directe… Ces activités vont du simple au complexe puisqu’elles partent du rapport lettre/son pour aller au mot et à la phrase. Elles permettent aux élèves d’atteindre une maîtrise du son telle qu’ils peuvent s’en libérer pour privilégier le sens ». Si quelqu’un y a compris quelque chose, qu’il soit assez gentil pour m’expliquer le sens de ce jargon…

Entre les oreilles

On l’a écrit dans le guide cinéma du dernier VA : “Entre les murs”, le film de Laurent Cantet, est atteint de schizophrénie galopante. D’un côté, un constat assez réaliste, celui de profs condamnés, dans certains établissements “difficiles”, à s’épuiser en négociations permanentes pour obtenir de leurs élèves quelques minutes d’attention – où, aussi, est forte la tentation, pour y parvenir, de s’abaisser au niveau des élèves, de leurs approximations, de leur jargon, de leur confusion mentale. De l’autre, un constat quasi idyllique, où finalement, à une ou deux exceptions près, les élèves, contents de leur année, en ont appris beaucoup plus qu’il n’y paraissait, assez savants même pour réinventer “la République” de Platon avec leurs mots à eux. Comme cette conclusion irénique n’occupait que les dix dernières minutes du film, on pensait naïvement que les commentaires allaient davantage s’attarder sur les deux heures qui précédent. Mais à lire la déferlante d’optimisme des critiques parues dans la presse, on se demande si nos confrères ne sont pas arrivés dix minutes avant la fin. De “Libé” qui y voit un apprentissage de la démocratie et la description d’« une institution en état de marche », au “Monde”, qui y reconnaît une moderne leçon de maïeutique, en passant par “l’Express”, où Daniel Pennac y trouve une parfaite illustration de l’art d’enseigner, ou “Télérama”, qui y voit surtout un « feu d’artifice de la langue » – il n’y a pas jusqu’au metteur en scène lui-même, dont on finit par se demander s’il a vu son film, qui ne l’interprète comme une réfutation du « fantasme » sur la faillite de l’école. Alors qu’“Entre les murs” est au contraire symptomatique, à l’évidence, de l’impossibilité d’enseigner dans un système où la négociation et la séduction ont remplacé l’éducation, où l’autorité a disparu devant l’égalité, où, comme le montre excellemment Jean-Noël Dumont dans une tribune du “Figaro”, la règle n’est plus posée, mais sans cesse réinventée. Quoi qu’en pensent tous les sectateurs obséquieux du monde tel qu’il ne va pas, la pédagogie décrite et proposée, par “Entre les murs”, condamne les élèves à sortir de l’école sans avoir grand-chose entre les oreilles. Et à être les éternelles victimes de ceux qui les condamnent, par démagogie ou conservatisme, à la médiocrité.

Benoît XVI et la souffrance

Pourquoi ne pas l’avouer ? Ce fut un grand bonheur de suivre in extenso cette visite pontificale. Quelques jours plus tard, je reste marqué par l’intense recueillement que le pape a su inspirer à ces foules immenses, par le silence contemplatif de ces centaines de milliers de personnes méditant les homélies de Benoît XVI ou adorant avec lui l’Eucharistie. Impressionné aussi par l’attention que tous ceux rencontrés pendant ces quatre jours, quelle que soit leur origine, leur formation intellectuelle ou leur âge, ont déployée pour pénétrer la pensée si profonde de ce pape. On était là bien loin des polémiques sur les charismes comparés de Jean-Paul II et de Benoît XVI : pour reprendre un cliché médiatique récurrent, personne n’était venu acclamer un “chanteur”, tous étaient bien là pour entendre la “chanson”, s’en imprégner le plus possible. Cette parole si dense continue de cheminer, bien longtemps après, dans le silence des cœurs et des âmes. Parmi ses innombrables richesses, une réflexion sur la souffrance. « Miracle de Lourdes » oblige, Nicolas Sarkozy l’a évoquée à l’Elysée, en une phrase rarement relevée, mais qui aura son importance dans les débats bioéthiques à venir : « C’est parce qu’il y a la souffrance et la capacité à la surmonter que l’homme prouve sa dignité première. » A Lourdes, le pape lui a fait écho : « Dans le sourire de la plus éminente de toutes les créatures (la Vierge Marie), tournée vers nous, se reflète notre dignité d'enfants de Dieu, cette dignité qui n'abandonne jamais celui qui est malade. Ce sourire, vrai reflet de la tendresse de Dieu, est la source d'une espérance invincible », a-t-il dit peu avant d’administrer le sacrement des malades, ce sacrement qui « consiste à accueillir en soi le Christ médecin ». Et le pape de préciser : « Cependant, le Christ n'est pas médecin à la manière du monde. Pour nous guérir, il ne demeure pas extérieur à la souffrance éprouvée ; il la soulage en venant habiter en celui qui est atteint par la maladie, pour la porter et la vivre avec lui. La présence du Christ vient rompre l'isolement que provoque la douleur. L'homme ne porte plus seul son épreuve, mais il est conformé au Christ qui s'offre au Père, en tant que membre souffrant du Christ, et il participe, en Lui, à l'enfantement de la nouvelle création. » Permettre au malade d’être non plus, comme le prétendent les partisans de l’euthanasie, un être diminué au point de se trouver privé de sa dignité, mais l’artisan de l’avènement d’un monde nouveau : ça n’est pas la moindre des révolutions qu’est venu apporter le christianisme.

Benoît XVI et les belles endormies

C’est une tâche difficile (on dirait impossible si l’on ne savait qu’impossible n’est pas chrétien) qui attend Benoît XVI à l’occasion de son premier et bref séjour en France, du 12 au 15 septembre : réveiller deux belles endormies, au sommeil qui semble d’une profondeur inatteignable. L’Eglise de France, tout d’abord, menacée d’un « effondrement », dit-on à Rome (au rythme actuel des ordinations, elle ne comptera plus que 5 000 prêtres dans dix ans), et qui ne semble pas toujours s’en aviser, une bonne part de sa hiérarchie continuant à gérer la faillite comme si de rien n’était, malgré les bonnes volontés qui fleurissent dans les nouvelles générations. N’est-ce pas Mgr Le Gall, évêque de Toulouse et chargé au sein de la conférence épiscopale des questions liturgiques, qui déclarait il n’y a pas si longtemps qu’il n’y avait pas de crise liturgique en France, et que le motu proprio promulgué par le Saint-Père n’y était pas souhaité ? N’est-ce pas Mgr Vingt-Trois qui, dans une récente interview au “Monde”, récuse le terme d’ « effondrement », auquel il préfère celui, certes plus flatteur, de « mutation » ? N’est-ce pas Mgr Brunin, évêque d’Ajaccio, qui expliquait récemment à ses paroissiens qu’il ne souhaite plus accueillir de prêtres extérieurs au diocèse, préférant former les laïcs aux « responsabilités ecclésiales » ? L’autre belle endormie, c’est la France, qui a oublié l’apport décisif que le christianisme a apporté à son identité. Aux « catholiques fatigués » dont parle Mgr Rey dans l’interview accordée à “Valeurs actuelles” de cette semaine, Benoît XVI conseillera sans doute, comme il l’a fait ces jours dans un SMS envoyés aux participants des JMJ de Sidney, de se laisser « rajeunir par l’Espérance ». Aux jeunes catholiques soucieux de nouvelle évangélisation, il tentera d’insuffler la force de « vivifier l’Eglise ». Aux autres, le pape devrait rappeler, dans la foulée de Ratisbonne, que la sagesse chrétienne a fondé leur liberté et que ce n’est que par elle qu’ils atteindront la vérité. A tous, il tâchera de présenter un visage, une personne qui est source de vie et chemin de salut. Ce n’est pas en chef d’Etat, même s’il en a le titre, que Benoît XVI vient visiter les Français : c’est en ambassadeur, en ambassadeur du Christ.

L’opposition dans les têtes

« Sarkozy sans opposition ? », interroge Eric Branca dans Valeurs actuelles de cette semaine. D’un point de vue tactique ou organisationnel, l’opposition n’est en effet guère à la fête ces temps-ci : morcelée, inaudible, empêtrée dans ses contradictions internes, achetée en partie à coups de missions et de faveurs diverses… Pourquoi, alors qu’elle est si affaiblie, faut-il donc que la majorité continue à faire tant de concessions à ses idées et à ses fausses valeurs ? De subtils stratèges objecteront que c’est justement la reprise par la droite de ses arguments qui, coupant l’herbe sous le pied de la gauche, la réduit à néant… Mais où est l’intérêt ? A quoi sert de ratiboiser l’opposition si c’est pour lui céder sur le fond (si ce n’est de se maintenir au pouvoir, préoccupation dont on n’ose croire qu’elle soit la seule motivation de nos chers gouvernants…) ? De cette servitude volontaire de la droite, on a un exemple sur le terrain économique, avec le financement du RSA par une taxation supplémentaire de l’épargne qui, David Victoroff le notait ici même, vise à se faire pardonner le « cadeau fait aux riches » qu’aurait constitué le bouclier fiscal. Mais on pourrait en trouver des exemples dans tous les domaines, de l’éducation – avec les consternantes déclarations de Xavier Darcos voyant dans la « lutte contre l’homophobie » un « enjeu essentiel » de l’école – à la politique familiale – ou plutôt à son absence – en passant par la culture, où la rupture est à ce jour rigoureusement invisible, même aux microscopes les plus subtils. L’opposition n’est peut-être plus dans les assemblées ou dans les rues, mais elle est encore solidement nichée dans les cerveaux des princes qui nous gouvernent.

Squats à Versailles et à Fontainebleau

Dans le château de Versailles, c’est un homard géant, en inox gonflable, qui squattera le salon de Mars à partir du 10 septembre (voir notre article dans VA du 17 juillet dernier). A Fontainebleau, dès le 6 septembre, c’est un chat crevé, lui aussi gonflé à l’hélium (décidément très tendance), que vous trouverez blotti sous le plafond d’une des salles du château. Contrairement aux apparences, ces squatteurs d’un genre nouveau ne ressortissent pas du canular, ou d’une intervention d’un groupe terroriste d’un genre nouveau. Ou plutôt si, car ce gonflage d’animaux en tous genres relève bien d’un attentat mené par le “canul’art” contre l’art véritable, d’une attaque terroriste contre la beauté, commise par ceux-là mêmes qui s’autoproclament artistes, avec la complicité de ceux qui se devraient par fonction d’être des conservateurs, j’ai nommé les dirigeants de nos grands musées et monuments historiques, en tête desquels Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture qui a roqué le château de Versailles avec Christine Albanel. C’est ainsi que Jeff Koons, baptisé “artiste baroque” sous prétexte qu’il fait n’importe quoi, envahit le palais de Louis XIV pendant trois mois, et que les collections du palais de Tokyo occuperont le château de Fontainebleau deux mois durant. Dévoilant sa nature totalitaire, mise en évidence par Christine Sourgins dans les Mirages de l’art contemporain (La Table ronde), l’art contemporain ne veut plus se contenter des innombrables musées qui lui sont consacrés, il faut désormais qu’il aille forcer le public jusque dans les endroits où l’amateur d’histoire de l’art et de véritable beauté pensait pouvoir en être préservé. Il est vrai que les tenants de cette esthétique archaïque, et pour tout dire réactionnaire et artistophobe, ne méritent guère le respect, à en croire la multiplication de ce genre d’opérations. Mais foin de ces demi-mesures : à quand une bonne révolution culturelle pour dessiller les yeux des petits-bourgeois qui s’obstinent à ne voir que de la puérilité et de l’imposture dans le bestiaire de Koons, les cahiers d’écriture de Ben ou les écrabouillages de César ? A quand des descentes de police chez les particuliers pour s’assurer que leurs murs respectent la parité citoyenne et la mixité esthétique entre œuvres du passé et barbouillages modernes ? Il ne faut plus tarder ! Les réactionnaires du beau à la lanterne ! Le bon goût ne passera pas !

Parachutes

La décision de la présidente du Medef de sauter en parachute sur l’Ecole polytechnique à l’occasion de la prochaine université d’été est en accord parfait avec le thème choisi cette année : voir en grand. Bien sûr, en prenant de la hauteur, on commence par voir les choses plus petites qu’elles ne sont en réalité. Mais, au fur et à mesure que l’on tombe de haut, elles apparaissent de plus en plus grandes jusqu’au choc final. Il est vrai aussi que l’auteur de « Besoin d’air » ne pouvait trouver meilleur endroit pour un bol d’oxygène qu’au dessus des nuages et de la couche d’ozone. Et puis, rien ne ressemble davantage à la création d’entreprise qu’un saut dans le vide, les subventions servant de parachute. Rien à voir donc, comme on n’a pu lire ici ou là avec la symbolique des parachutes dorés, tant appréciés des patrons. Ainsi la patronne d’Alcatel, Patricia Russo, partira-t-elle avec plus de 6 millions d’euros, mais le cours de l’action est tombé, lui, sans parachute, depuis l’annonce de la fusion franco-américaine, il y a deux ans.

     |