L’avez-vous remarqué ? Alors que l’annonce, depuis plusieurs mois, de la publication par Benoît XVI d’un décret libéralisant l’usage de la messe de Saint-Pie V, dite abusivement "messe en latin", avait suscité des protestations véhémentes avant même que ses dispositions précises fussent connues, sa publication effective, ce samedi 7 juillet, a fait presque aussi peu de bruit qu’une lettre qui tombe au fond de la boîte. C’est qu’en l’occurrence, ce pape que les médias raillent volontiers pour sa "maladresse" et ses "bourdes" diplomatiques, s’est avéré, une nouvelle fois, très fin tacticien. C’est dès le printemps 2006 que Benoît XVI avait laissé filtrer son intention de publier ce texte, annonce qui avait suscité un déferlement médiatico-clérical : les médias annonçant qu’on tenait, enfin, la preuve que ce pape était un incurable réactionnaire, des évêques et des prêtres, en France surtout, rendant publique leur inquiétude quant à cette mesure qui leur semblait revenir sur les "acquis de Vatican II" - comme on parle d’"acquis sociaux". Rome laissa les loups se fatiguer la voix, puis on n’entendit plus parler de rien. De temps en temps, un proche de Benoît XVI faisait savoir qu’il n’avait pas renoncé à ce texte, qu’on y travaillait ; les protestations reprenaient, chaque fois un peu moins fortes. Les mois d’attente, qui servirent à préciser le texte et à y intégrer les préoccupations épiscopales, eurent aussi l’utilité de désarmer une critique qui finit par considérer ce texte comme acquis, avant même sa publication, et qui avait tiré, trop tôt, toutes ses cartouches. Et voilà pourquoi, quand le motu proprio sortit, votre fille fut – presque – muette. Pas mal joué, non ? Des gaffeurs et des maladroits comme ça, on en prendrait bien quelques-uns au gouvernement !